Une étude française dirigée par Gilles-Éric Séralini affirme que des rats nourris au maïs génétiquement modifié (GM) pendant deux ans meurent plus tôt et développent plus de tumeurs que ceux d'un groupe témoin. Ces résultats, publiés dans Food and Chemical Toxicology, suscitent de vives critiques d'experts.

Les chercheurs ont réparti 200 rats (100 mâles et 100 femelles) en 10 groupes de 10 animaux. Certains ont reçu du maïs GM (NK603 de Monsanto), traité ou non avec l'herbicide Roundup, auquel il est résistant. D'autres ont consommé du maïs non GM non traité, avec des doses variables de Roundup dans l'eau potable – la plus faible correspondant à des résidus détectés dans l'eau courante, selon les auteurs. Un groupe témoin a reçu du maïs ordinaire et de l'eau pure.
L'expérience a duré deux ans, soit la durée de vie moyenne d'un rat de cette souche, surpassant les tests standards de 90 jours exigés pour l'autorisation des OGM.
Les rats nourris au maïs GM ont montré une mortalité prématurée : 50 % des mâles et 70 % des femelles, contre 30 % et 20 % dans le groupe témoin. Ils ont également développé plus de tumeurs mammaires, ainsi que des troubles hépatiques et rénaux sévères.
Selon les auteurs, ces données démontrent la toxicité du maïs résistant au Roundup et de l'herbicide lui-même, remettant en cause les évaluations actuelles des risques.
Critiques scientifiques
D'autres experts contestent vigoureusement ces conclusions. Le bio-ingénieur Jeroen Crappé (Université de Gand) pointe le choix de la souche Sprague-Dawley, "extrêmement cancérogène spontanément : 50 à 80 % des rats développent des tumeurs avant deux ans". Avec seulement 10 rats par groupe, les différences observées pourraient résulter du hasard.
Jo Bury, directeur du VIB (Flanders Institute for Biotechnology), s'étonne de la publication : "Je ne comprends pas pourquoi cette étude a été acceptée." L'absence de moyennes, écarts-types et tests statistiques standards – remplacés par une analyse alternative qualifiée de "pêche statistique" par Tom Sanders (King's College London) – affaiblit les résultats. De plus, l'absence de relation dose-effet contredit les principes toxicologiques classiques.
Crappé note que d'autres études à long terme, publiées dans la même revue, n'ont détecté aucun effet nocif. Les travaux antérieurs de Séralini ont été invalidés par l'EFSA pour erreurs statistiques et résultats non significatifs.
Contexte et controverses
Opposant notoire aux OGM, auteur d'ouvrages comme Génétiquement incorrect, Séralini est critiqué pour son biais. La communication – photos choc de tumeurs et communiqué intitulé "Tous cobayes !" – privilégie l'impact médiatique à la rigueur scientifique.
L'EFSA annonce une enquête sur la validité de l'étude. (ddc)
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