Les drones ne se limitent plus à l'armée ou à la science. Ces hélicoptères et avions sans pilote conquièrent l'agriculture pour une surveillance fine des maladies, des sols et des récoltes.

« Maintenant, je sais exactement où pulvériser et fertiliser plus ou moins dans mon champ de pommes de terre. Une grande partie du feuillage est morte naturellement et n’a plus besoin d’être traitée avant la récolte. Cela m’épargne la moitié du destructeur de fanes. Et en mesurant la teneur exacte en azote des plantes par réflexion foliaire depuis l’air, je peux économiser jusqu’à 30 % sur mes engrais. »
Jacob van den Borne, producteur de pommes de terre néerlandais à Reusel (Brabant-Septentrional, à la frontière flamande), est pionnier de l’agriculture de précision aux Pays-Bas et en Belgique. Satisfait de son quadricoptère équipé d’une caméra multispectrale, il obtient des images détaillées de ses champs. La veille de notre entretien, une équipe de Discovery Channel l’a même filmé pour un reportage.
« Un grand avantage est la complémentarité avec les images satellites. J’utilise le drone par temps nuageux, quand les satellites sont indisponibles, ou pour des données ultra-précises. Les satellites ont des pixels de 1,5 m, tandis que mon drone capture des pixels de 2 cm, visibles même les traces de pneus. »
Peu d’agriculteurs exploitent encore les UAV (Unmanned Aerial Vehicles). « L’application reste embryonnaire, mais progresse rapidement », expliquent Koen Mertens et Peter Lootens de l’ILVO (Institut de recherche agricole et halieutique) à Merelbeke (Flandre-Orientale). « Les grands agriculteurs comme Van den Borne expérimentent. Nous les aidons à exploiter ces données. »
L’ILVO collabore avec le VITO (Institut flamand pour la recherche technologique) à Mol, expert des drones. Le projet iPot, récemment lancé, intègre données sol-air-espace pour booster les rendements en pommes de terre belges, avec partenaires commerciaux. Autre initiative VITO : détection du feu bactérien ou de la mouche du poirier dans les vergers, pour traitements ciblés.
À l’ILVO, plusieurs projets sont en cours. Lootens : « Nous visons trois cas : surveillance de la biomasse du ray-grass pour optimiser fauche et fertilisation ; résistance à la sécheresse via sélection, face au changement climatique ; et détection précoce des maladies de la pomme de terre, au-delà de Phytophthora, pour des traitements localisés et une réduction des pesticides. »
« L’objectif : cartes de prescription détaillées, transférables aux tracteurs GPS centimétrique pour une efficacité accrue et un respect environnemental optimal », ajoute Lootens.
Mertens liste les atouts des drones vs. satellites : vol plus bas pour plus de détails, fréquence et timing flexibles (satellites : un passage tous les 3 jours, inutiles sous nuages).
Dans les serres, drones volent bas sans vent, idéaux pour suivre la germination et éviter les semis excédentaires (jusqu’à 20 % d’économies).
Avions sans pilote couvrent 500 ha/jour (40 min de vol), contre 5 ha pour un octocoptère (20 min). Mais multicoptères portent des caméras lourdes (8 kg vs. 1 kg).
Contrôle manuel ou autopiloté pour précision et sécurité. Multicoptères excellents en maniabilité (décollage vertical, évitement d’obstacles). Des modèles hybrides rotors-ailes émergent.
Saskia Keesstra (Wageningen UR) étudie l’érosion hydrique en Espagne et la dynamique sableuse aux Pays-Bas. Drones ajustent résolution par altitude pour détails fins (tranchées d’érosion).
Sander Mücher (Alterra) cartographie végétation en réserves naturelles. Caméras thermiques mesurent humidité des sols ; recherche sur détection animale en forêt ou 3D via iPhone.
Malgré le potentiel, les règles freinent. Jappe Franke (Alterra), pilote certifié : « Interdit en zones urbaines, même pour thermographie bâtiment. »
Règles aviation s’appliquent : certification, pilote qualifié, <300 m, vue directe, autorisation terrain, hors personnes. Plus flexibles pour recherche que commercial. Van den Borne : « Officiellement un hobby, donc autorisé. »
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