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Livraison par drones Amazon : freinée par les contraintes humaines et réglementaires

Amazon envisage d'utiliser des drones pour livrer des colis à domicile d'ici quelques années. Techniquement réalisable, ce projet se heurte toutefois à des obstacles humains et réglementaires majeurs. Les drones, eux, sont là pour durer.

Livraison par drones Amazon : freinée par les contraintes humaines et réglementaires

Amazon et les drones de livraison

L'émission américaine 60 Minutes a exploré les coulisses d'Amazon, où Jeff Bezos, alors PDG, a présenté deux UAV (véhicules aériens sans pilote) à un journaliste. Son ambition : des livraisons automatiques par drones, guidés par GPS, en une demi-heure depuis les centres de distribution. Limites techniques : colis de moins de 2,3 kg, clients à moins de 16 km (10 miles), et approbation réglementaire des autorités américaines. Bezos tablait sur un lancement dans cinq ans.

Les experts tempèrent cet enthousiasme. Que se passe-t-il en cas de collision avec un piéton ou un obstacle ? Les drones actuels peinent à détecter et éviter les autres aéronefs. Et si un individu s'empare du drone ou le pirate ? Même si les États-Unis ont assoupli les règles en 2015, elles ne répondent pas pleinement aux besoins d'Amazon.

Le drone, un pilier militaire

Les drones existent depuis des décennies dans l'armée. Dès les années 1980, Israël les a équipés de caméras infrarouges pour des missions discrètes. Avantages : coût modéré, endurance en vol prolongée, et sécurité accrue pour les opérateurs, qui pilotent depuis des bases éloignées, comme au Nevada pour des missions en Afghanistan via satellite. Les États-Unis ne sont pas seuls : les Nations Unies les ont utilisés au Congo pour surveiller les conflits.

Le Reaper, présenté en 2008.

De tailles variées, des micro-hélicoptères aux gros appareils, autonomes ou télécommandés, équipés de caméras, armes ou instruments scientifiques, ils atteignent 300 km/h. Déployés en Irak, Libye, Yémen et Pakistan, ils collectent des renseignements et mènent des frappes. Sous Obama, leur usage s'est intensifié, causant des milliers de victimes, souvent civiles, comme l'a dénoncé Amnesty International en 2013 sur les attaques au Pakistan : illégales, elles génèrent peur et insomnies chez les populations.

Usages civils en Europe

En Belgique et aux Pays-Bas, les drones servent des fins pacifiques. Des entreprises comme Gatewing à Gand les produisent. Accessibles dès 100 euros, ils mesurent des terrains (Agence flamande Routes), surveillent la nature (INBO), traquent les cultures illicites (Défense néerlandaise) ou évaluent les catastrophes (services d'urgence). Populaires pour la photographie aérienne, ils posent des questions de privacy, comme l'incident de 2013 au domaine royal de Fenffe.

La réglementation évolue. Aux Pays-Bas, règles pour modélisme s'appliquent : visibilité constante, licence pro requise. En Belgique, interdits sauf exceptions (scientifiques, urgences), selon Thomas De Spiegelaere du SPF Mobilité. Nouvelles lois portera sur l'espace aérien, pilotes, technique et opérateurs. Les livraisons Amazon ? Peu probables : zones urbaines denses, privacy, rentabilité douteuse.

En résumé, malgré les prouesses techniques, le rêve de Bezos bute sur la législation et la privacy. Pas de chaos aérien imminent.

Les drones surveillent aussi les mines pour évaluer l'extraction.

Cet article est également paru dans Eos Weekblad. Chaque vendredi, découvrez notre hebdomadaire sur l'actualité scientifique, avec images et sons. Téléchargez gratuitement l'app Eos (iOS/Android) pour les numéros hebdo et achetez Eos Magazine, Psyche&Brain, Eos Memo.

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