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Toyota mise sur la vision par ordinateur de Luc Van Gool pour ses voitures autonomes

L'interprétation automatique des images vidéo est au cœur des recherches de Luc Van Gool.

Toyota mise sur la vision par ordinateur de Luc Van Gool pour ses voitures autonomes

Deux jeunes chercheurs développent des codes pour le "Highway Teammate" de Toyota, la voiture autonome du constructeur japonais. Contrairement à la version de Google équipée d'un LIDAR proéminent sur le toit, la Toyota repose principalement sur des caméras intégrées. Pas étonnant que le géant automobile fasse appel à Luc Van Gool, spécialiste de l'interprétation automatique d'images vidéo.

"Les constructeurs comme Toyota sont plus prudents que Google", déclare Van Gool. « Dans les accidents impliquant des voitures autonomes, le constructeur est presque toujours responsable. Les poursuites judiciaires pleuvreront. C'est pourquoi je ne vois pas de voitures totalement sans conducteur dans les rues à court terme, mais une assistance à la conduite de plus en plus avancée. La voiture autonome totale est toutefois inévitable. »

Les véhicules autonomes et assistés sont plus sûrs que les voitures classiques. « Vous pouvez rouler plus vite sans compromettre la sécurité », explique Van Gool. Ils communiquent entre eux pour maintenir des distances réduites, optimisant l'utilisation de la chaussée. Ils roulent aussi de manière plus fluide et économique. « Mais le grand public doit l'accepter. Une enquête américaine montre qu'un tiers craint pour la sécurité, et seuls 6 % confieraient leurs enfants à une voiture autonome. » Une communication efficace est essentielle pour bâtir la confiance. « La presse amplifiera tout accident impliquant une voiture autonome. Un robot tuant un humain est difficile à accepter. »

Vision par ordinateur

Dans les voitures autonomes, convergent les trois piliers des recherches de Van Gool : reconnaissance d'objets (détection de classes), extraction 3D à partir d'images vidéo (acquisition et modélisation 3D), et suivi d'objets (tracking). Il dirige deux groupes : 15 scientifiques à la KU Leuven et 25 à l'ETH Zurich.

"Nous avons démocratisé la 3D", souligne Van Gool. « Notre première caméra 3D des années 1990, pionnière du Kinect de Microsoft, utilisait une grille projetée pour capturer les formes 3D via leurs déformations. Elle a servi dans des films comme James Bond et Lara Croft. Dommage que le financement ait manqué pour la développer. Microsoft l'a reprise plus tard. » Avec les GPU, Kinect compte des millions d'utilisateurs. Van Gool a aussi lancé ARC3D, un service web gratuit convertissant vidéos ou photos de smartphone en modèles 3D.

Aide aux archéologues et conservateurs

Dans son labo, un mini-dôme capture 260 images d'un objet sous angles et éclairages variés via LED, générant un modèle 3D haute résolution à partir des ombres. « Les conservateurs numérisent ainsi leurs collections muséales. » Van Gool collabore avec les archéologues : reconstitution de catacombes via robots ou photos, ou de Pompéi à partir de fouilles. « Comme ça, je suis un peu archéologue (rires). »

Manque d'audace

Van Gool a cofondé dix spin-offs prospères comme Eyetronics (3D cinéma), eSaturnus (imagerie médicale), kooaba (reconnaissance images smartphone) et Parquery (aide au stationnement). « Une seule a fait faillite : nous prenons trop peu de risques. Aux USA, 80 % des spin-offs échouent en cinq ans, mais les idées folles changent le monde. L'Europe manque de capital-risque audacieux. Google a démarré avec 100 000 $ d'un investisseur visionnaire. kooaba avait une avance sur Snaptell, racheté par Amazon après un financement massif. »

Pas d'émotions

L'objectivité prime pour Van Gool. « L'émotion nuit à la science. Dans le débat sur la pression publicationnelle, évitons le subjectivisme et le favoritisme. Évaluez sur publications de qualité en revues reconnues. Publier vite diffuse les idées, comme chez les archéologues qui emportent leurs notes non publiées. »

Malgré ses allers-retours Louvain-Zurich, Van Gool reste chercheur. Son déclic ado : un robot photographiant et manipulant objets à la TV. « J'en suis proche aujourd'hui (rires). »

Tous les cinq ans, la FWO décerne ses prix d'excellence, les « Prix Nobel flamands », dans cinq domaines. Candidats nommés par pairs internationaux, jury indépendant sélectionne un lauréat par domaine.

Luc Van Gool est professeur titulaire en génie électrique à la KU Leuven et à l'ETH Zurich. Ses travaux en vision par ordinateur, imagerie et traitement d'images appliquent aux films, sécurité, archéologie et patrimoine. Palmarès : publications prolifiques, spin-offs, brevets.


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