"L'ordinateur est sur le point de faire de meilleurs diagnostics que le médecin", affirme Paul Parizel, chef du département de radiologie à l'Universitair Ziekenhuis Antwerpen (UZA) et premier président belge de la Société européenne de radiologie (ESR). Cet expert reconnu prévoit que l'imagerie médicale deviendra le socle de toute la médecine.
"C'est essentiel pour choisir le bon traitement ou évaluer son efficacité. L'intelligence artificielle (IA) gère le reste. Des bases de données mondiales sur les maladies rares se multiplient. Bientôt, une encyclopédie IA surpassera le médecin, qui rencontre une telle pathologie peut-être trois fois en carrière", explique-t-il.
"Cela me dérange-t-il qu'un ordinateur prenne en charge l'interprétation ? Absolument pas. Les radiologues, surtout les jeunes, y sont très ouverts en raison de leur affinité avec la technologie."
Selon Parizel, une imagerie standardisée, objective comme une prise de sang, pourrait guider toutes les disciplines médicales. Loin de l'image de coût élevé, elle deviendrait un outil indispensable pour les médecins traitants, avec des tableaux cliniques précis et comparables.
"Attention, je ne plaide pas pour multiplier les examens radiologiques", tempère le professeur. "Ce serait coûteux et risqué. Une exposition répétée aux rayonnements est liée, bien que faiblement, à certains cancers, comme observé chez des jeunes filles exposées à de multiples radiographies. Primum non nocere : avant tout, ne pas nuire. Des scans complets, populaires en Europe de l'Est, exposent inutilement et coûtent cher."
Avec l'IA, l'imagerie sera plus efficace. "La Belgique mène en nombre d'examens, mais est-ce mieux pour la santé ? Les Pays-Bas, avec moins de scanners, ont une espérance de vie supérieure. Les médecins prescrivent souvent à tort, faute de formation adaptée aux avancées rapides."
"Peu de patients échappent à la radiologie, mais sa formation reste insuffisante. Pour une lombalgie, une radiographie est encore trop prescrite, alors qu'elle est inutile comme une photo en noir et blanc pour déterminer la couleur des yeux."

Un examen radiologique pour la lombalgie, ce qui revient à prendre une photo en noir et blanc pour déterminer la couleur de ses yeux.
Près de 27 000 radiologues ont participé au congrès ESR à Vienne en mars dernier, un record organisé sous l'egide de Paul Parizel. "La radiologie représente une révolution", déclare-t-il. "Nous passons d'un art artisanal à une science des données objectives, comme une Ford Mustang vers une Tesla."
L'IA automatisera les diagnostics : "De la radiographie classique aux IRM et PET-scans, le logiciel analyse maintenant volume, perfusion et composition tumorale avec précision."
La technologie bouleverse toute la médecine : logiciels d'aide au diagnostic, collaborations interdisciplinaires. "Le monopole du savoir médical s'effrite ; formation et proximité sont clés."
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