Des chercheurs de la KU Leuven ont développé une recette prête à l'emploi pour produire de l'essence à partir de déchets de bois. Cette technologie rapidement déployable représente une étape intermédiaire durable en attendant l'essor des voitures électriques.
Les experts du Center for Sustainable Catalysis and Processes de la KU Leuven ont réalisé une première : fabriquer de l'essence à partir d'une source non fossile, aux propriétés identiques à celles de l'essence traditionnelle. « La force de notre technologie réside dans cette compatibilité parfaite, » expliquent-ils. Contrairement aux défis actuels des voitures électriques, cette solution permet de conserver son véhicule actuel, de faire le plein à sa station-service habituelle, tout en adoptant une approche plus durable.
L'achat d'une voiture représente souvent un investissement majeur pour les familles. Beaucoup privilégient l'abordabilité à la durabilité immédiate, limitant ainsi la part des véhicules électriques sur les routes. Il faudra encore plusieurs années pour que les avancées en batteries – en coût et autonomie – opèrent un basculement vers l'électrique.
Grâce à cette innovation, les conducteurs peuvent continuer à ravitailler sans changer leurs habitudes. Concrètement, cette essence issue de déchets de bois est indistinguable du carburant fossile, permettant aux stations-service de la mélanger sans modifier leur infrastructure. En revanche, le développement d'un réseau dense de bornes de recharge pour l'électrique prendra plus de temps.

Nous collectons le bois des flux de déchets tels que les déchets d'élagage, le bois du parc à conteneurs et les restes de scierie.
Le processus utilise exclusivement du bois issu de déchets : déchets verts des bords de route, d'élagage, parcs à conteneurs ou scieries.
Le bois est une matière première renouvelable grâce à la photosynthèse, qui absorbe CO2, lumière solaire et eau. Ainsi, la combustion de cette essence recycle le carbone atmosphérique, neutralisant les émissions nettes de CO2.

Aujourd'hui, l'essence provient du pétrole brut, stocké sous terre pendant des millénaires. Son extraction massive libère du carbone sous forme de CO2, contribuant au réchauffement climatique, aux sécheresses, tempêtes, fonte des glaces et inondations. Sans oublier les tensions géopolitiques autour des réserves pétrolières.
Cette technologie vise une transition progressive : mélanger 10 à 20 % d'essence de bois avec du carburant fossile. À long terme, elle pourrait servir pour une essence 100 % durable ou la production de plastiques. L'objectif ultime reste une flotte 100 % électrique.

Les stations proposent déjà de l'E10 (10 % bioéthanol). Si le bioéthanol est prometteur (non fossile, combustion propre), ses inconvénients incluent la concurrence avec l'alimentation humaine, une autonomie réduite et des procédés lents. Notre méthode est plus rapide, utilise des déchets non alimentaires et maintient l'autonomie.
Le bois, riche en cellulose (C, H, O), est transformé en naphta – base de l'essence – en éliminant l'oxygène. Chimiquement identique au naphta pétrolier, il alimente voitures et engins sans distinction.
En plus d'une cuve sous pression et température contrôlées, un catalyseur est essentiel pour une conversion efficace.
La recette est simple : charger la cuve de sciure de bois et de catalyseur, chauffer sous pression pendant plusieurs heures, puis extraire le naphta liquide. Des adaptations seront testées à l'échelle industrielle.
Le catalyseur agit comme des ciseaux moléculaires réutilisables, coupant sélectivement les liaisons oxygène sans s'user.
Aron Deneyer a été nominé pour la Flemish PhD Cup pour ses travaux sur les biocarburants et le remplacement des combustibles fossiles.