Les micro-aiguilles, quasi invisibles, inaugurent une ère d'injections et de tests sanguins sans douleur.
Qu'elles soient intégrées à une seringue ou à un pansement, ces micro-aiguilles évitent la douleur en contournant les terminaisons nerveuses. Mesurant de 50 à 2 000 microns de long (équivalent à l'épaisseur d'une feuille de papier) et de 1 à 100 microns de large (comme l'épaisseur d'un cheveu humain), elles pénètrent la couche cornée morte de la peau jusqu'à l'épiderme. Cette couche viable contient des cellules et du liquide interstitiel. La plupart n'atteignent pas le tissu sous-cutané, où se trouvent les terminaisons nerveuses, les vaisseaux sanguins et lymphatiques ainsi que le tissu conjonctif.
De nombreuses seringues et patchs à micro-aiguilles sont déjà commercialisés pour l'administration de vaccins. D'autres sont en essais cliniques pour traiter le diabète, le cancer ou la douleur neuropathique. Ils délivrent les médicaments directement dans l'épiderme, voire le derme superficiel, surpassant ainsi l'efficacité des patchs transdermiques classiques qui reposent sur une diffusion passive à travers la peau.
En 2020, des chercheurs ont pionné une technique innovante pour soigner des affections cutanées comme le psoriasis, les verrues ou certains cancers : l'intégration de micro-aiguilles en forme d'étoile dans une crème ou un gel thérapeutique. Ces aiguilles percent temporairement et doucement la peau, favorisant la pénétration de l'agent actif.
Plusieurs produits à micro-aiguilles sont disponibles pour des prélèvements rapides et indolores de sang ou de liquide interstitiel, ainsi que pour des diagnostics. Les micro-perforations modifient la pression locale, facilitant l'extraction du fluide vers un dispositif de collecte. Couplées à des biocapteurs, elles mesurent en quelques minutes des biomarqueurs comme le glucose, le cholestérol, l'alcool, les métabolites médicamenteux ou les cellules immunitaires.
Certains dispositifs permettent aux patients de réaliser des prélèvements à domicile, d'analyser sur place ou d'envoyer les données à un laboratoire. Le TAP de Seventh Sense Biosystems, approuvé en Europe et aux États-Unis, en est un exemple concret.
En recherche, les micro-aiguilles s'intègrent à des systèmes sans fil pour doser en temps réel des molécules biologiques, ajuster les doses médicamenteuses et promouvoir une médecine personnalisée.
Ces dispositifs démocratisent les soins dans les régions sous-équipées. Micron Biomedical propose un pansement auto-applicable, tandis que Vaxxas développe un patch vaccinal réduisant la dose nécessaire tout en boostant la réponse immunitaire.
Les micro-aiguilles limitent les risques de transmission virale et les déchets dangereux en remplaçant les aiguilles classiques. Toutefois, elles ne conviennent pas aux fortes doses ou à tous les médicaments et biomarqueurs. Des facteurs comme l'âge, le poids, le site d'application ou le mode d'administration influencent encore leur efficacité, des recherches en cours.
Malgré ces limites, ces technologies indolores transformeront l'administration de médicaments et les diagnostics. De futures applications viseront même les organes internes.
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