Nous avons tous fredonné un jour les paroles de la chanson « L’Amour est un bouquet de violettes », écrite en 1952 par Mireille Brocey (1909-1953) pour l’opérette Violettes impériales de Francis Lopez (1916-1995), immortalisée par Luis Mariano (1920-1970). Pourtant, aujourd’hui, la violette, comme l’opérette, semble oubliée des vitrines des fleuristes. Ces petites fleurs délicates dégagent un parfum subtil, issu de formes sauvages et de certains cultivars.
Nommée en 1753 par Carl von Linné (1707-1778), Viola odorata, la violette commune, a donné son nom à la famille des Violacées (plus de 20 genres et 800 espèces). Elle fleurit de février à mai, offrant généralement des corolles violettes. D’où vient le nom ? Le Grand Robert d’Alain Rey précise que « violette » dérive de l’ancien français viole, du latin viola, signifiant violette. Le Grand Dictionnaire encyclopédique Larousse confirme : la couleur « violet » tire son nom de la fleur.
Petite vivace à feuillage persistant, spontanée en Europe, Viola odorata ne dépasse pas 10 cm. Surnommée « fleur de mars » pour ses blooms parfumés dès février jusqu’à mi-mai, elle surpasse la plupart des cultivars en intensité olfactive, à l’exception de la violette de Parme et de Toulouse.
La mythologie attribue à Zeus la création de la violette pour Io, transformée en génisse par Héra. Le nom Viola évoque Io, familière des cruciverbistes. Ailleurs, Coré (Perséphone), enivrée par les violettes, fut enlevée par Hadès.
Dans la tradition chrétienne, les larmes d’Adam après l’Expulsion du Paradis donnèrent naissance à la violette, symbole d’humilité et de deuil.
Les Grecs en ornaient les berceaux pour prospérité et bonheur, et l’utilisaient contre les migraines. Pour les Romains, elle symbolisait regret et pénitence, ornant les enterrements – sa couleur teinta les soutanes épiscopales. Au Moyen Âge, prisée dans les monastères et sur les marchés, elle devint un cadeau élégant, stimulant la production horticole.
Au XVIIIe siècle, cultivée en masse, elle séduisit Marie-Antoinette et toute la cour. Pendant la Révolution, les bouquetières furent taxées. Napoléon, exilé en 1814, promit un retour « quand les violettes refleuriront » – en 1815, les bonapartistes en firent leur emblème, surnommant l’Empereur « Caporal la Violette ».
Dès 1850, la violette de Parme, à fleurs doubles, conquit l’Europe, surtout Toulouse, son emblème floral. Paris produisit sur 200 ha, mais le chemin de fer favorisa le Sud. En 1879, Bonnel inventa les violettes cristallisées. En 1907, 400 producteurs toulousains écoulaient 600 000 bouquets annuels.
Au XIXe siècle, 300 tonnes de fleurs étaient distillées annuellement pour la parfumerie, pic jusqu’aux années 1960. La chimie synthétique a supplanté l’essence naturelle, mais des passionnés persistent. En 1984, « Violette de Toulouse » fut déposée ; un conservatoire (80 variétés) et la collection nationale de Nathalie Casbas (200 taxons) ravivent l’intérêt.
Symbole d’amour caché, d’humilité et de modestie (« Je pense à toi en secret »), sa forme blanche augure bonheur au mariage. Parmi 500 espèces de Viola, seule l’odorante embaume vraiment – pensés et violettes cornues ont perdu ce trésor.
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