FRFAM.COM >> Science >> Environnement

Séismes naturels et induits : une menace pour le stockage souterrain de CO2

Capter le CO2 et le stocker sous terre pourrait atténuer le changement climatique, mais seulement à l'échelle mondiale. Cependant, l'activité sismique de la croûte terrestre limite les sites adaptés, et l'injection massive de CO2 risque de provoquer des tremblements de terre.

Séismes naturels et induits : une menace pour le stockage souterrain de CO2

Le captage et stockage du carbone (CSC) : une solution prometteuse mais risquée

En théorie, le CSC représente une solution efficace pour réduire drastiquement les émissions mondiales de CO2, particulièrement pour les industries polluantes comme les centrales au charbon et au pétrole. Un filtre installé sur les cheminées capture le CO2, transformé en forme liquide et injecté à plusieurs kilomètres de profondeur dans des formations géologiques sélectionnées.

Les données soulignent son potentiel : en 2010, les émissions mondiales de CO2 ont dépassé 10 milliards de tonnes, majoritairement issues des centrales au charbon (36 % aux États-Unis, 80 % en Chine). Équiper ces installations de CSC pourrait réduire significativement ces émissions.

28 milliards de barils de CO2 par an

Pour limiter le réchauffement à 2 °C d'ici 2100 selon le GIEC, il faudrait stocker 3,5 milliards de tonnes de CO2 annuellement, soit 28 milliards de barils – comparable à la production mondiale de pétrole. La question clé : existe-t-il une capacité de stockage sûre, où moins de 1 % du CO2 fuirait après mille ans ?

Les promoteurs du CSC affirment que la croûte terrestre offre un volume immense, avec des formations rocheuses adaptées à 2 km de profondeur. De nombreux projets pilotes en cours valident cette approche dans les pays industrialisés.

Cependant, la croûte terrestre est dynamique, traversée de failles sous pression constante. Des géologues de l'Université de Stanford, dans une étude publiée cette semaine dans PNAS, soulignent que la sismicité omniprésente – même imperceptible – entrave la sélection de sites fiables.

Séismes induits par l'injection

Les séismes naturels ne sont pas le seul souci : l'injection massive de CO2 augmente la pression sur les roches, transformant des zones stables en risques sismiques. Sans espace libre (sauf dans d'anciens gisements), cela peut déplacer les failles. Aux États-Unis, l'injection d'eaux usées a déjà provoqué des secousses locales. Injecter du CO2 dans de telles zones serait irresponsable, avertissent les chercheurs.

Exemple réussi : la plateforme Sleipner

Les critiques ne rejettent pas le CSC. Ils citent la plateforme Sleipner en mer du Nord : depuis 15 ans, 1 million de tonnes de CO2 y sont stockées annuellement dans un aquifère fermé, poreux et étendu, sans risque sismique notable.

Cependant, de tels sites sont rares. Atteindre l'objectif nécessiterait 3 500 installations similaires d'ici 2050, soit 85 nouvelles par an – une gageure quasi impossible.

[]