Chaque fois qu'un séisme fait des victimes, la question revient : n'aurions-nous pas pu l'anticiper ?
Après le tremblement de terre de 2009 à L'Aquila, en Italie, qui a causé plus de 300 morts, six scientifiques ont été condamnés à six ans de prison pour « homicide par négligence ». Le tribunal leur reprochait des conseils « inexacts, incomplets et contradictoires » sur le risque d'un séisme majeur imminent.
Ce printemps-là, des secousses mineures avaient inquieté la population locale. Un technicien de l'Institut national de géophysique et de volcanologie avait même prédit un grand séisme, amplifiant les craintes. Lors d'une conférence de presse, les experts avaient rassuré : « Plus il y a de petits tremblements, moins le risque d'un gros est élevé. » Erreur fatale : le 6 avril, un séisme de magnitude 6,3 a frappé la région.
Communication maladroite, car aucun lien prouvé n'existe entre petits et grands séismes. Imputer aux scientifiques l'imprévisibilité des séismes est injuste. Le verdict a suscité l'indignation mondiale et les accusés ont été acquittés en appel. Mais quid du technicien prédicteur ? Les séismes sont-ils prévisibles ?
Ce technicien s'était basé sur les émissions de radon, gaz présent dans les roches. Les contraintes tectoniques libéreraient plus de radon avant un séisme. Pourtant, le rapport 2011 de la Commission internationale de prévision des séismes (ICEF) conclut à un manque de preuves fiables. Les variations de radon sont trop variables : heures ou mois avant, proximité ou distance, ou rien du tout.
La liste des signaux potentiels est longue : électromagnétisme, niveaux d'eaux souterraines, changements de température, préchocs, ou comportements animaux. Des chercheurs du Journal of Environmental Research and Public Health ont observé des crapauds quittant leur bassin jours avant L'Aquila, peut-être alertés par des modifications chimiques de l'eau.
À l'aide de satellites, des experts étudient les petites déformations de la croûte terrestre.
Selon l'ICEF, ces recherches restent peu concluantes. « La prévision des séismes est le Saint Graal de la sismologie », déclare le géologue Manuel Sintubin (KU Leuven). « Les prédictions arrivent souvent après coup. »
La plupart des experts estiment l'imprévisibilité des séismes due à la multitude de paramètres inconnus. Charles Richter, créateur de l'échelle homonyme, fustigeait en 1977 les « prédictions d'amateurs et de charlatans ».
Les séismes résultent d'une tension excessive le long des failles tectoniques. Pour prédire : lieu, date, magnitude. « La magnitude dépend de la surface de rupture, divisée en segments », explique Sintubin. Le séisme de 2011 au Japon (Fukushima) a brisé plusieurs segments, dépassant les prévisions.
Nous avons encore beaucoup à apprendre. Notez que la tectonique des plaques n'a été acceptée qu'à la fin des années 1960. Géologue Manuel Sintubin
Même en cours, la magnitude reste imprévisible. On calcule des probabilités : 99 % de risque de séisme ≥6,7 en Californie d'ici 30 ans, via l'analyse des failles. Mais les cycles varient, influencés par des séismes lointains.
La recherche avance : déformations crustales via satellites, laboratoires high-tech près de San Andreas ou au Japon. « Mais évacuer Tokyo ? Irréaliste », note Sintubin. Mieux vaut la préparation : sensibilisation, normes antisismiques pour Téhéran, Istanbul, Los Angeles ou Vancouver.
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