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Peut-on rééduquer les psychopathes ? Perspectives scientifiques et thérapeutiques

Dave De Kock, la nounou du garçon retrouvé mort chez Dean, a déjà été accusé de maltraitance d'enfants ayant entraîné la mort et souffrirait d'un trouble de la personnalité antisociale, également connu sous le nom de psychopathie. Les psychopathes les plus dangereux peuvent-ils vraiment changer ? Ou faut-il les enfermer à vie ?

Cet article est paru dans Eos Psyche&Brain début 2020.

Un adulte ayant commis des crimes odieux mérite une punition, sur ce point tout le monde s'accorde. Les divergences portent souvent sur la durée de cette peine et sur la possibilité de réintégrer la société. Comment être certain qu'une personne capable d'horreurs a véritablement changé ? Peut-on garantir qu'après des années de thérapie et d'isolement, un tel individu est à nouveau apte à vivre librement parmi nous ? Le risque ne persiste-t-il pas toujours ? Et pourquoi devrions-nous le prendre ?

Mécanismes sombres

Le terme "psychopathie" est omniprésent, bien qu'il ne figure plus dans le DSM, la référence en psychiatrie, remplacé par le trouble de la personnalité antisociale. Il reste toutefois largement utilisé dans les films (American Psycho), séries (Dexter), livres (The Girls d'Emma Cline) et la recherche scientifique.

Le psychiatre allemand Julius Koch l'a employé pour la première fois en 1888, s'inspirant du médecin français Philippe Pinel qui décrivait dès 1801 la "manie sans délire" : un comportement agressif excessif sans apparence de folie.

Dans son ouvrage classique The Mask of Sanity (1941), le psychiatre américain Hervey Cleckley décrit cette folie masquée. Le psychopathe paraît sain, charmant, sociable et adaptable en surface, mais cache des mécanismes obscurs et des conflits émotionnels profonds. Sa liste de 16 critères met l'accent sur l'apparence de stabilité (charme, intelligence, absence de peur), les comportements déviants (impulsivité) et le manque d'empathie.

Dans les années 1970, le psychologue canadien Robert Hare a affiné cette approche avec le PCL-R, toujours utilisé en psychiatrie médico-légale. Des scores élevés indiquent impulsivité, agressivité, criminalité et déficit structurel d'empathie et de remords.

Défense contre la folie

Pendant longtemps, on considérait les psychopathes comme incapables de changement ou d'introspection, voire que la thérapie pouvait les rendre plus manipulateurs. "Un psychopathe reste un psychopathe", telle était la maxime.

Le psychiatre néerlandais Peter van Panhuis, qui a interrogé de nombreux psychopathes lors de son doctorat en 1988 et conseillé la justice pendant 30 ans, confirme souvent le risque élevé de récidive pour certains. Mais il note aussi que beaucoup restent enfermés plus longtemps que nécessaire.

"Les déficients mentaux, les personnes souffrant de maladies psychiatriques ou de lésions cérébrales, et les délinquants sexuels graves ne relèvent pas du même système." Peter van Panhuis

Aux Pays-Bas, le système TBS (soins obligatoires en milieu fermé) mélange ces profils, comparable aux centres médico-légaux belges. Van Panhuis plaide pour plus de personnalisation : beaucoup empirent au lieu de s'améliorer.

Plus on vieillit, plus on s'adoucit ?

Sur la rééducation, Van Panhuis reste sceptique : la psychopathie a une base biologique (génétique, prénatale), limitant les changements. On peut atténuer impulsivité et addictions, et certains s'adoucissent avec l'âge et un traitement stable.

La schémathérapie et la thérapie cognitivo-comportementale montrent des améliorations significatives chez les psychopathes. David Bernstein

Le Pr David Bernstein (Université de Maastricht) est plus optimiste. Ses études sur la schémathérapie chez les psychopathes révèlent des progrès, contredisant l'idée d'incurabilité.

Relation d'attachement

La schémathérapie explore les schémas issus de l'attachement infantile perturbé chez les psychopathes, marqués par méfiance et domination. Bernstein adapte l'approche pour toucher leur vulnérabilité émotionnelle.

Son étude sur des patients TBS à haut score PCL-R montre des avancées supérieures à la thérapie standard (cognitivo-comportementale), si bien exécutée et avec motivation.

Peut-on rééduquer les psychopathes ? Perspectives scientifiques et thérapeutiques

Le changement n'est pas une guérison totale, mais réduit le risque de récidive, comme un cancer en rémission : plus le temps passe sans rechute, plus le pronostic s'améliore.

L'influence des gènes

Tous les psychopathes ne sont pas des victimes d'un trauma émotionnel. Christopher Patrick (Florida State University) identifie des facteurs génétiques via son modèle triarchique : audace, désinhibition et méchanceté, indépendants et modulables par l'environnement.

Les psychopathes peuvent utiliser la thérapie pour affiner leur manipulation. Christopher Patrick

Anomalies cérébrales

La désinhibition lie au cortex préfrontal (planification faible, réponse P3 réduite). L'audace à une amygdale hypo-réactive (faible peur). La méchanceté à une faible empathie (ocytocine, amygdale inactive face à l'anxiété d'autrui).

Des études (Radboud, 2016) montrent un striatum ventral hyperactif (récompense) et un déficit de communication préfrontal chez les psychopathes.

'Le changement diffère de la guérison. On ne peut que réduire le risque de récidive.' David Bernstein

Détection précoce

Patrick est optimiste : détection précoce chez l'enfant maximise les chances. Chez l'adulte, c'est possible sauf pour les audacieux-méchants manipulateurs ou les réussis sans motivation.

'Parfois, un psychopathe réussit et ne voit aucune raison de changer.' David Bernstein
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