La ville de Gand ambitionne d'être la première en Flandre à créer un cimetière naturel. Quels sont les atouts d'une dernière demeure entourée de verdure ?

La ville de Gand veut inauguré le premier cimetière naturel en Flandre. Ces espaces ne sont pas encore légaux en Belgique, mais la ministre de l'Environnement, Joke Schauvliege (CD&V), prépare un amendement législatif. Aux Pays-Bas, ils existent déjà depuis plusieurs années. Découvrez ce qui rend ces cimetières si particuliers.
Promenez-vous dans le domaine de Weverslo, au Limbourg néerlandais : on dirait une forêt ordinaire. Grands arbres, fougères abondantes, sentiers naturels. Le soleil filtre à travers les feuilles, des insectes bourdonnent, les oiseaux chantent, araignées et fourmis s'activent au sol. Rien ne trahit la présence d'un cimetière, hormis quelques sculptures en bois et un panneau à l'entrée : « Cimetière naturel ».
« Les promeneurs passent devant la moitié des tombes sans s'en apercevoir », explique Géo Peterink, propriétaire et gestionnaire. Depuis un sentier, il désigne quinze tombes, dont une seule est visible. Plus loin, une tombe fraîchement creusée : hortensias encore verts, butte de terre. « Le sol s'affaisse naturellement. La végétation reprend souvent ses droits en quelques semaines. »
Un cimetière naturel diffère des traditionnels, avec leurs alignements de stèles et allées de gravier. « Nous gérons la forêt pour la nature », précise Peterink. Les cercueils en bois naturel sont autorisés, sans aggloméré ni peinture. Vêtements en matières naturelles uniquement ; nudité ou linceul possibles, si discrets.
Les chouettes hulottes profitent de la tranquillité pour hiberner.
Des monuments en bois discrets – coquilles, figures abstraites, disques d'arbre – marquent les tombes et se dégradent avec le temps. « Tout repose sur un principe circulaire : préserver et enrichir la nature. » Les droits d'inhumation perpétuels financent l'entretien forestier.
Le plan de gestion vise à booster la diversité : pommiers et poiriers sauvages côtoient sorbiers, bouleaux et ronces. Bois mort laissé ou empilé pour insectes et petits mammifères. Blaireaux, cerfs, renards, lapins et oiseaux, dont pics variés, pullulent.
« Seule la tombe perturbe la nature », note Peterink. Creusée par couches pour un comblement fidèle, elle évite les racines des arbres. Pas d'entretien : bulbes naturels (campanules, perce-neige, anémones) ou jeunes arbres y sont plantés, contribuant à une « nature commémorative ».
Lieu d'hivernage pour les hiboux
Même les cimetières classiques regorgent de vie. « Idéaux pour la nature en périphérie urbaine », selon Frans van Bussel, président KNNV Heuvelrug. Ils relient les écosystèmes, offrant nourriture et abris. Chouettes hulottes et hiboux moyen-ducs y hibernent en paix.

« Certaines plantes ne survivent que dans les cimetières », ajoute Louis-Jan van den Berg (KNNV). L'étoile jaune des champs, disparue des labours, y fut redécouverte. L'os du talon suit le même sort. Absence d'engrais, herbicides, tonte modérée et calcaire favorisent ces refuges. Les allées gravier menacent toutefois les plus fragiles.
Crôute grave
Les lichens – symbiose champignons-algues – prospèrent sur les pierres tombales. « Plus de la moitié des espèces y poussent exclusivement », explique Kok van Herk, expert et auteur de Veldgids lichenen. Pierres naturelles (granit, calcaire), microclimats variés (soleil/ombre, sec/humide) attirent 200 des 750 espèces néerlandaises.
La crôute funéraire noire (bord bleu rare) et le damier (noir et blanc) sont emblématiques. « Les cimetières surpassent parfois les forêts en biodiversité. »
Oasis de verdure
L'Organisation nationale des cimetières (LOB) les qualifie d'« oasis vertes ». Variété de matériaux, plantes, nichoirs, silence : clés du succès. Gestion extensive – alternance fauché/sauvage, feuilles conservées – booste la faune. Ruches pour abeilles (80 % de la flore en dépend).

Au Rhijnhof (Leiden), miel « Miel de Mort » produit sur site. Gestion écologique : pas de pesticides, émondes pour murs. Jardin papillons, nichoirs, hérissons relâchés. « Plus d'insectes que jamais », se félicite Wil van der Blom. Mousse rare, champignons nouveaux, cygnes, oies. Poules « bio-désherbantes » ravissent les visiteurs ; renards rôdent.
« Les cimetières urbains offrent à la nature ce que les villes lui refusent. »
Enterrement respectueux de l'environnement
La LOB prône l'éco-responsabilité depuis 2002. Mesures clés :
Cercle de la mort
L'inhumation nourrit le sol : 70 kg libèrent 16 kg carbone, etc. Décomposition en 50 ans (os restants). Sols poreux diffusent nutriments ; argile retient. Zones tampons et « distance 100 jours » protègent les nappes. Bactéries persistent (charbon : 200 ans), mais impact faible, assure l'hydrogéologue Boyd Dent.
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