Selon une nouvelle étude, les abeilles peuvent nécessiter plusieurs générations pour se remettre des effets persistants de l'exposition aux pesticides.
Des scientifiques de l'Université de Californie à Davis ont observé pendant deux ans le comportement des abeilles bleues des vergers exposées à du nectar et du pollen contaminés, soit au stade larvaire, soit à l'âge adulte. L'exposition précoce altère la reproduction, tout comme celle à l'âge adulte. Les effets sont particulièrement graves chez les abeilles exposées aux deux stades : elles produisent 44 % de descendants en moins que les abeilles non exposées.
Ces effets retardés, dits « reportés », doivent être intégrés aux stratégies futures de conservation, indiquent les chercheurs dans une publication du 22 novembre en Proceedings of the National Academy of Sciences.
« Nous comprenons mieux comment l'exposition aux pesticides impacte les populations d'abeilles sur la durée », explique Clara Stuligross, co-auteure de l'étude et doctorante en écologie à l'UC Davis. « Cela démontre que les expositions répétées en milieu agricole sont cumulatives, avec un effet amplifié sur plusieurs années. »
Les pesticides figurent parmi les menaces contribuant au déclin des insectes pollinisateurs. La plupart des études se focalisent sur les effets immédiats, alors que les pesticides peuvent perturber les organismes longtemps après, note Stuligross.
Avec Neal Williams, elle a étudié les effets à long terme sur les abeilles bleues des vergers, espèces solitaire commune en Amérique du Nord pollinisant amandes et cerises. Chaque femelle gère seule la provision de sa progéniture.
En agriculture, les pesticides sont appliqués plusieurs fois par an, exposant les abeilles à divers stades de leur cycle vital et sur plusieurs années, souligne Stuligross.
Pour simuler cela, les chercheurs ont exposé des abeilles captives à des fleurs traitées ou non. L'année suivante, la progéniture adulte a été divisée en groupes similaires, et le nombre de descendants comptabilisé.
Les abeilles exposées à l'insecticide à l'âge adulte produisent moins de progéniture (30 % de moins) et nidifient plus lentement.
Celles exposées seulement en larve l'année précédente montrent des effets subtils : 20 % de progéniture en moins, sans altération du comportement de nidification. « Ces effets reportés sont difficiles à détecter sans suivi complet du cycle vital », précise Stuligross.
Les doubles expositions entraînent 44 % de progéniture en moins, avec un taux de croissance démographique réduit de 72 %.
L'imidaclopride, pesticide courant aux États-Unis, perturbe le système nerveux, l'apprentissage et la physiologie des abeilles, impactant reproduction, alimentation et nidification.
« Nous n'avons examiné qu'une fraction des effets ; l'étude porte sur une espèce et un pesticide. En nature, les expositions sont multiples », note Stuligross. Prochaines recherches : interactions avec autres stress (nourriture, parasites).
Comprendre ces effets différés guidera des pratiques d'application des pesticides minimisant les dommages aux pollinisateurs.
« Cela permettra des mesures concrètes d'atténuation des risques », conclut-elle.
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