Les vers de terre et les oiseaux subissent également les effets délétères des néonicotinoïdes utilisés en agriculture.

Les néonicotinoïdes forment une classe d'insecticides systémiques, apparentés à la nicotine. Absorbés par la plante, ils se diffusent dans tous ses tissus, éliminant les insectes herbivores. Développé par Bayer CropScience, l'imidaclopride fut le premier commercialisé au début des années 1990. Les plus courants incluent le thiaméthoxame, la clothianidine et le thiaclopride.
Devenus les insecticides les plus répandus mondialement, ils s'appliquent par pulvérisation, traitement du sol ou enrobage des semences. L'imidaclopride seul est utilisé dans plus de 120 pays sur 140 cultures. En Belgique et aux Pays-Bas, ils concernent la culture fruitière, le maïs, la betterave, les légumes comme le chou, la laitue et la carotte, ainsi que les plantes ornementales et pelouses. En jardineries, disponibles sous forme de sprays, sticks ou poudres solubles : Provado, Admire, Pokon (imidaclopride), Axoris (thiaméthoxame) et Calypso (thiaclopride).
Les abeilles exposées meurent sur-le-champ à forte dose, mais une exposition faible et prolongée altère leur vol, odorat, résistance aux maladies, mémoire, fertilité et capacité à butiner.
"En utilisant des néonicotinoïdes, nous ne protégeons pas du tout notre production alimentaire", déclare le Dr Jean-Marc Bonmatin du CNRS, principal auteur. "Au contraire, nous mettons en danger son infrastructure qui permet la production, menaçant les pollinisateurs, les constructeurs d'habitats et les agents naturels de lutte antiparasitaire qui jouent un rôle central dans un écosystème fonctionnel."
Les pollinisateurs comme les abeilles et papillons ne sont pas les seuls touchés : poissons, amphibiens, oiseaux et microbes le sont aussi après exposition élevée ou prolongée. Les échantillons d'eau mondiaux dépassent souvent les seuils écotoxicologiques autorisés.
Sur la base de leur étude approfondie, les auteurs exhortent les autorités à planifier une élimination mondiale ou une réduction drastique. Dans l'UE, trois néonicotinoïdes sont interdits sur cultures attractives pour abeilles jusqu'en décembre 2013, avec application jusqu'à fin 2015.
Ce travail émane d'un groupe de scientifiques indépendants internationaux, publié dans la revue Environmental Science and Pollution Research.