FRFAM.COM >> Science >> Environnement

Station spatiale internationale : les mystères de sa tombe océanique à Point Nemo

Après plus de deux décennies de service scientifique, la Station spatiale internationale (ISS) tirera sa révérence vers 2031. Ce centre de recherche a révolutionné notre compréhension de la Terre, du système solaire et au-delà. Plus de 200 astronautes l'ont fréquentée, tandis que des milliers d'expériences ont été menées, de l'origine des étoiles aux effets de l'espace sur le corps humain. Ce laboratoire orbital a transformé presque toutes les disciplines scientifiques majeures.

La NASA a annoncé la retraite de cette structure de 450 tonnes pour 2031. Contrairement aux satellites qui brûlent généralement dans l'atmosphère, la plus grande partie de l'ISS sera dirigée vers Point Nemo, une zone isolée du Pacifique Sud surnommée "cimetière spatial" en raison des nombreux vaisseaux spatiaux y reposant.

Point Nemo, dont le nom latin signifie "personne", est le point terrestre le plus éloigné de toute terre habitée. Idéal pour un amerrissage contrôlé, il minimise les risques pour les populations et les infrastructures, comme l'explique la NASA dans son plan de transition de l'ISS.

Station spatiale internationale : les mystères de sa tombe océanique à Point Nemo

Ces eaux pauvres en nutriments abritent peu de vie, ce qui en fait un lieu propice pour les rejets spatiaux. Pourtant, Leila Hamdan, directrice associée de l'École des sciences et de l'ingénierie océaniques à l'Université du Sud du Mississippi, spécialiste de la biogéographie des fonds marins, souligne que ces épaves spatiales pourraient altérer la biodiversité locale, contrairement à une "toile vierge" initialement vierge d'influence humaine.

La technologie spatiale, exposée aux rigueurs cosmiques, introduit des variables inconnues. À l'approche de sa chute imminente, des experts s'interrogent sur l'impact de l'exploration spatiale sur la vie marine.

"Avant même d'explorer Point Nemo avec des submersibles, nous y avons déjà déposé des reliques spatiales", note Hamdan. Les effets à long terme sur la faune et l'écosystème restent incertains, mais les épaves pourraient offrir des indices : les microbes autour des naufrages diversifient souvent la biodiversité et soutiennent l'environnement. Cependant, l'ISS charrie des décennies d'équipements, matériaux et même traces d'ADN humain modifié.

"Ce sera une immense structure humaine au fond marin, naïve de croire qu'elle n'altérera pas l'écologie", avertit-elle.

Les débris spatiaux s'ajoutent à la pollution océanique générale. Selon l'Office of Coastal Management, plus de 800 espèces marines sont affectées par les déchets. Bien que massive, l'ISS est comparée à un pétrolier par Cameron Ainsworth, professeur d'océanographie physique à l'Université de Floride du Sud : "Équivalente à quelques tonnes d'aluminium, son impact sera minime comparé à un navire coulé."

Cependant, avec l'accumulation croissante de débris orbitaux, le volume total inquiète. "L'océan n'est pas un dépotoir illimité", insiste Erik Cordes, professeur de biologie à l'Université Temple, expert des impacts humains sur la vie marine post-Deepwater Horizon.

Les abysses ne sont pas un "désert boueux" mais regorgent d'écosystèmes fascinants. Sans données précises – cartes et images haute résolution –, prédire les effets reste spéculatif.

La NASA estime les impacts minimes : lors de la rentrée, l'ISS se fragmentera et vaporisera majoritairement, les débris résiduels ayant un effet environnemental faible dans la zone cible.

Aucune surveillance officielle des débris post-chute n'est prévue par la NASA ou agences similaires. Il reste du temps pour explorer alternatives ou monitoring avant 2030. La NASA étudie d'autres trajectoires pour minimiser les risques humains. "Avec les fonds investis pour lancer ces engins, investissons pour étudier leur retour", plaide Cordes.

[]