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Du Rideau de fer à la Ceinture verte : renaissance écologique de la frontière allemande

Extrait de Wild Places de Sarah Baxter, publié par White Lion Publishing. Reproduit avec autorisation. Tous droits réservés.

De la division mortelle à la ligne de vie. Peu auraient imaginé que la fracture sombre d'un continent, durant des décennies, offrirait un tel répit à la nature, favorisant une explosion de vie verte et reliant des écosystèmes nés d'une séparation macabre. Pourtant, cette bande de terre jadis hérissée de béton, de fusils, de barbelés et gardée par des patrouilles est aujourd'hui revitalisée. Elle abrite orchidées et loutres, tétras lynx et chats sauvages, fritillaires des marais et cigognes noires, mousses rares. Rivières repeuplées, forêts régénérées, prairies d'une biodiversité exceptionnelle : des pays jadis divisés sont unis par la conservation. La frontière crainte, que peu osaient franchir – et où certains périrent – est devenue un symbole d'espoir et de renouveau.

En 1945, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, un "rideau de fer" s'abattit sur l'Europe, la divisant pendant près de 40 ans. S'étendant de la mer de Barents, à la frontière russo-norvégienne, jusqu'aux rives de l'Adriatique et de la mer Noire, il sépara l'Est sous influence soviétique de l'Ouest libéral. Bientôt, cette fissure idéologique devint physique : une barricade impénétrable de murs, grillages, tours de guet, fossés, bunkers et pièges.

Nulle part le "rideau" n fut aussi militarisée qu'au niveau de la Grenze, la "frontière intérieure allemande" séparant la RDA (Allemagne de l'Est) de la RFA (Allemagne de l'Ouest). Longue de 1 400 km, de la mer Baltique à la Tchécoslovaquie, elle traversait villages et communautés, déchirant familles et amis. Côté RDA, fortifications massives : zone restreinte, bande de protection, clôtures extérieures patrouillées par 50 000 hommes armés. Près de 700 tours, 1,3 million de mines créèrent un no man's land fatal, coûtant la vie à de nombreux désespérés.

Mortel pour les humains, cet espace fut un havre pour la faune. Pendant la Guerre froide, à l'abri des perturbations humaines – pas d'agriculture, ni d'urbanisation –, la nature se régénéra. Interdites d'accès par peur ou force, ces zones devinrent un couloir semi-sauvage continu de la Baltique à la Bavière. Parmi les 5 200 espèces locales, plus de 600 menacées prospérèrent. Les clôtures n'arrêtèrent ni renards ni blaireaux.

Du Rideau de fer à la Ceinture verte : renaissance écologique de la frontière allemande

Cette richesse ne passa pas inaperçue. En 1975, la Fédération allemande pour l'environnement et la protection de la nature (BUND) documenta la biodiversité croissante dans la "bande de la mort". 90 % des couples nicheurs d'espèces menacées comme le traquet tarier ou l'alouette lulu préféraient la zone frontalière aux terres agricoles. En 1989, avec la chute de la Grenze et du Mur de Berlin, naquit le projet Grünes Band : transformer cette forteresse en réserve naturelle atypique.

Aujourd'hui, la Ceinture verte allemande (Grünes Band Deutschland) est un collier de zones protégées vitales, contrastant avec les terres cultivées intensivement. Arsenal militaire démantelé, mais tours, mémoriaux et clôtures subsistent comme rappels poignants. Anciens douaniers et habitants guident les visites ; d'ex-casernes deviennent hôtels. La nature règne en maître.

Quelle diversité ! Sur 1 400 km, falaises, dunes, lacs, ravins, landes, montagnes, prairies fleuries, forêts de hêtres, tourbières, étangs, lagunes... Phoques gris et harles huppés sur la côte ; cigognes et pygargues au bord de l'Elbe ; cygnes chanteurs en hiver ; lynx réintroduits dans le Harz ; chats sauvages à Eichsfeld ; martres, cerfs et sangliers en Franconie ; prairies du Vogtland foisonnant d'oiseaux et papillons ; moules perlières en Bavière.

En chantier perpétuel, la Ceinture verte comble les brèches nées de la réunification, préservant ce legs historique et naturel du Rideau de fer.


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