Cet article a été initialement publié sur Nouvelles du Haut Pays.
Il y a trente-neuf ans, des chutes de neige record dans le bassin supérieur du fleuve Colorado ont fait déborder le lac Powell, surprenant les gestionnaires. Fin juin 1983, le réservoir a forcé l'utilisation des déversoirs pour la première fois. Au lieu de soulager la pression, la cavitation a généré des ondes de choc destructrices, endommageant le béton et le grès, et mettant en péril le barrage colossal de Glen Canyon.
Les déversoirs ont été réparés et le barrage sauvé. Aujourd'hui, une menace inverse pèse : la sécheresse. En mars, le niveau du lac Powell est tombé à moins de 33 pieds (10 mètres) du seuil minimum pour la production hydroélectrique, un record depuis son remplissage dans les années 1960. Si ce seuil est franchi, le réseau électrique du Sud-Ouest perdra l'un de ses plus grands générateurs et une source de secours vitale, risquant une répétition à basse altitude de la crise de 1983.
À pleine capacité, les huit turbines du barrage produisent 1 300 mégawatts, équivalent à une grande centrale au charbon. Géré par la Western Area Power Administration (WAPA), il fournit une énergie de base stable à bas prix aux utilities, tribus et municipalités du Sud-Ouest. Il excelle aussi en "suivi de charge", ajustant rapidement la production pour pics de demande ou pannes, renforçant la résilience du réseau face aux fluctuations éoliennes et solaires. Initialement conçu pour le stockage d'eau, le contrôle des inondations et la sédimentation du lac Mead, il attire 4,5 millions de visiteurs annuels. Mais sa production d'énergie est devenue prioritaire.
Depuis deux décennies, sécheresse climatique et demande accrue en eau ont vidé le lac à moins d'un quart de sa capacité. Les niveaux bas réduisent l'énergie potentielle, limitant la production : de 7 000 GWh/an dans les années 1990 (pour 600 000 foyers) à 3 000 GWh l'an dernier.
La situation s'aggrave : près du seuil de 3 490 pieds (1 064 mètres), l'air risque d'entrer dans les conduites, forçant l'arrêt des turbines. Cela priverait le réseau de 250 000 foyers en Arizona et 100-200 millions de dollars annuels en ventes d'électricité, finançant restauration d'espèces, contrôle de salinité et études sur le Colorado.
WAPA devrait acheter de l'électricité plus chère (gaz ou charbon), impactant surtout les tribus comme la Navajo Tribal Utility Authority (+1,3 million $/an selon une étude 2016).
Combler le vide sera ardu : renouvelables ne remplacent pas pleinement l'hydro en base ou suivi de charge. Sans centrales au charbon/nucléaire en retrait, le recours au gaz augmentera les émissions. Les autorités ont tenté d'élever les niveaux via rejets ajustés, sans succès. Elles installent désormais des tubes de sortie bas pour prolonger la production sous le seuil minimum.
Cette solution, non testée à long terme, pose des risques d'usure et de cavitation, comme en 1983. Tanya Trujillo, secrétaire adjointe à l'Intérieur, alerte sur ces "incertitudes opérationnelles".
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