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La Rue des Femmes : La cour des miracles de Léonie Couture pour les femmes sans-abri

Fondatrice de La Rue des Femmes, Léonie Couture accueille et soutient celles qui ont tout perdu, leur redonnant espoir et dignité.

Léonie Couture se souvient d'une jeune femme qui, la nuit, se recroquevillait sur le plancher devant sa chambre, incapable d'approcher du lit, symbole de ses souffrances passées. Il lui a fallu deux ans de patience et d'amour pour réussir, un soir, à la border. « Sa blessure est si profonde qu'elle est devenue une paraplégique émotionnelle. Elle aura toujours besoin d'aide », explique-t-elle.

Des femmes écorchées vives, Léonie Couture en rencontre quotidiennement à travers La Rue des Femmes.

« J'en ai connu une qui a failli ne jamais dépasser son premier anniversaire. À 11 mois, on l'a trouvée dans un sac à poubelle, le corps fracturé, la langue brûlée par des mégots de cigarette. Elle est devenue toxicomane, prostituée, et s'est retrouvée à la rue. » D'autres ont été victimes de trafics d'enfants ou de sévices inimaginables.

« On ne se retrouve pas à la rue sans raison », affirme Léonie Couture. À Montréal, elles seraient plus de 3 000. Beaucoup dorment dans des sacs de couchage sur les trottoirs humides et sales, presque toutes souffrant de graves problèmes de santé mentale. « Les gens ferment les yeux par ignorance. Moi, je voulais changer les choses. »

En 1994, cette diplômée en administration loue un petit local pour 80 $ par mois et lance La Rue des Femmes. Pour se faire connaître, elle organise un pique-nique dans un parc. « Une seule sans-abri s'est présentée, sourit-elle. Elle m'a regardée et m'a dit qu'elle préférait le faire dedans, car dehors, elle y passait ses journées... »

Treize ans plus tard, le centre occupe un grand édifice du centre-ville, la Maison Olga, avec un budget annuel de 1,5 million de dollars. Chaque année, 400 femmes y reçoivent aide et accompagnement de 40 employés, travailleuses sociales et 60 bénévoles. Le centre de jour offre repas, conseils et thérapies. La Maison Olga héberge aussi 20 résidentes pour des mois, voire des années. D'autres vivent en logements supervisés, apprenant à se réinsérer et à trouver un emploi.

« C'est une véritable cour des miracles », témoigne Lise Thibault, lieutenant-gouverneur du Québec, qui soutient l'organisme depuis six ans et qualifie Léonie Couture de « géant de chez nous ». « N'importe qui peut devenir sans-abri. J'ai rencontré une ancienne professeure d'université qui a renaît grâce à elle. »

Comme beaucoup, l'univers de Line a basculé après un divorce. Alcoolique et dépressive, cette professeure de langue et secrétaire juridique a tout perdu. « Le passé m'a hantée : à 10 ans, j'avais déjà vécu dans 30 foyers nourriciers, ma mère me battant sans pouvoir m'accepter. » À l'aube de la soixantaine, elle a rencontré Léonie. « À La Rue des Femmes, j'ai trouvé l'amour manquant. On m'a redonné confiance, et j'ai repris l'enseignement après quelques années. »

Lucie Forand, comptable agréée et présidente du conseil d'administration, admire Léonie : « Elle prouve qu'on peut changer le monde. Je n'ai plus ce sentiment d'impuissance face aux femmes sans-abri du centre-ville. On peut les aider. »

En 1998, Sophie C., jeune comédienne, touchait le fond. « C'est Léonie, avec son grand sourire, qui m'a ouvert la porte. J'étais sur l'aide sociale, sans rien à manger. C'était un ange sur ma route. » Abusée enfant et terrifiée par les hommes, Sophie a retrouvé goût à la vie grâce à elle, comme une mère. Aujourd'hui, elle a vaincu ses démons, fondé un groupe d'entraide, rencontré l'amour et s'est mariée. Léonie l'a conduite à l'autel, promettant ensemble de ne jamais abandonner les femmes à la dérive.

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