Un diagnostic de sclérose latérale amyotrophique (SLA) est souvent perçu comme une sentence lourde. Cette maladie neurologique se manifeste de multiples façons, compliquant à la fois le diagnostic et le développement de traitements. Les experts misent désormais sur des combinaisons de médicaments innovants et éprouvés.
Chaque mardi, le journaliste américain Mitch Albom rendait visite à son ancien professeur, Morrie Schwartz. Ils discutaient de l'essentiel : l'amour, la vieillesse, la peur de la mort. Morrie était atteint de SLA.
Dans son livre Mes mardis avec Morrie, Albom décrit la maladie avec une intensité poignante : « La SLA est comme une bougie allumée : les nerfs fondent et le corps reste comme un tas de cire fondue. La maladie commence souvent dans les jambes et remonte. Vous perdez le contrôle des muscles des jambes, ne pouvez plus vous tenir debout. Puis ceux du torse, ne pouvez plus vous asseoir droit. Finalement, vous respirez via un tube dans un trou au cou, tandis que votre âme, bien éveillée, est prisonnière d'une coquille impuissante. »
« La recherche est dans une phase passionnante et pleine d'espoir. Nous sommes plus proches que jamais des nouveaux médicaments. » Jeremy Shefner, Barrow Neurological Institute, Phoenix, USA
La SLA figure parmi les troubles neurologiques les plus dévastateurs. « Une fois que vous avez rencontré un patient atteint de SLA, cette expérience vous marque à vie », témoigne Thomas Meyer, de la clinique SLA de l'hôpital de la Charité à Berlin. Les symptômes frappent brutalement. Toutefois, le neurologue américain Jeremy Shefner reste optimiste : « La recherche sur la SLA entre dans une phase excitante et prometteuse : nous approchons de nouveaux traitements. »
Le neurologue français Jean-Martin Charcot (1825-1893) a décrit la maladie en 1869, en tant que directeur médical de l'hôpital de la Salpêtrière à Paris. Sigmund Freud, qui y séjourna, admirait son « talent à voir ». Charcot n'a pas seulement identifié la SLA, mais aussi fourni une des premières descriptions complètes de la sclérose en plaques.
Dans la SLA, les motoneurones du cerveau et de la moelle épinière meurent progressivement. Ces neurones efférents contrôlent les muscles (voir illustration p. 43). Sans impulsions nerveuses, les muscles s'atrophient. Certains patients ressentent d'abord une raideur ou une paralysie des jambes ou bras ; d'autres, des troubles de la parole, de la déglutition ou de la mastication. « À terme, les patients ne parlent plus, ne gesticulent plus, ni ne communiquent par les expressions faciales », explique Albert Ludolph, neurologue à l'hôpital universitaire d'Ulm, Allemagne.
La mobilité n'est pas seule affectée. Pierre Marie, collaborateur de Charcot (1853-1940), nota déjà des altérations cognitives chez certains. « Dans la SLA, le lobe frontal dysfonctionne », précise Ludolph, entraînant troubles de mémoire et changements de personnalité.
La progression révèle souvent le pire : l'affaiblissement des muscles respiratoires mène à une dyspnée, pneumonies ou arrêt respiratoire. La survie post-diagnostic varie : 3-5 ans en moyenne, mais parfois plus de 10 ans, comme Stephen Hawking, vivant avec la SLA depuis plus de 50 ans.
« La SLA n'existe pas », insiste Thomas Meyer. « C'est un syndrome englobant divers troubles, avec évolutions, mécanismes et causes distincts. » Ammar Al-Chalabi (King's College London) et Orla Hardiman (Trinity College Dublin) parlent ainsi de syndrome SLA. Cette hétérogénéité complique diagnostic et traitements, mais ouvre la voie à des thérapies personnalisées.
Lorsque les premiers symptômes apparaissent, jusqu'à la moitié des motoneurones sont déjà morts.
Dans 5-10 % des cas, une cause génétique est identifiée (« Les mauvais gènes », p. 45). Le gène SOD1, codant la superoxyde dismutase, est souvent impliqué. Muté, il laisse les radicaux oxygénés agresser les neurones, formant agrégats toxiques.
Ces découvertes mènent à des thérapies comme les oligonucléotides antisens, bloquant la production de protéines mutées. Les essais cliniques sur patients SOD1 mutés montrent une bonne tolérance via injection liquorale.
Leur efficacité à long terme reste à confirmer, mais Jeremy Shefner y voit un pionnier : « Succès ici pourrait révolutionner la médecine génique. »
Le projet MinE séquence les génomes de 15 000 patients SLA et 7 500 témoins, stockés sur supercalculateur SURFsara à Amsterdam, accessibles mondialement.

« Une mutation ne signifie pas forcément la maladie », note Jan Veldink (Université d'Utrecht, MinE). Les gènes ne suffisent pas.
90 % des cas sont sporadiques : prédisposition génétique + facteurs environnementaux. « Comme pour le cancer, interaction génétique-environnement », dit Thomas Meyer. Sensibilité varie géographiquement.
Les chercheurs traquent ces facteurs modifiables. Chez les Chamorro de Guam, post-WWII, hausse de SLA/Parkinson liée au BMAA des algues bleues – débat en cours.
L'exposome (total des expositions) est fluctuant, rendant rétrospectives ardues. Absence de preuve n'équivaut pas innocence.
Suspects : PCB (plastiques, peintures jusqu'aux années 1980), HAP (viande grillée), pesticides perturbant signalisation neuronale.
Eva Feldman (Michigan, USA) nota plus d'expositions chez 66 patients SLA vs. témoins (engrais, phytos). Détections : PCB, pentachlorobenzène, chlordane élevés.
Contrepoints italiens/grecs (2017) sans corrélation claire en LCR – typique des études.
« Aucun facteur environnemental unique identifié », concluent Al-Chalabi/Hardiman, appelant à études larges/longitudinales.
Détection précoce visée : 1/3-1/2 motoneurones perdus aux premiers symptômes. Biomarqueurs sanguins/LCR prometteurs pour diagnostic avant symptômes.
SLA incurable à ce jour ; pas de panacée unique (Thomas Meyer). Espoir dans cocktails : renforcer muscles, protéger neurones.
Médicaments ciblent : agrégats protéiques, inflammation, stress oxydatif, glutamate excès. Edaravone (antioxydant), levosimendan/tirasemtiv (muscles), NP001 (immunité), cellules souches (remplacement) – défis persistent.
Morrie Schwartz décéda en 1995 ; riluzole (autorisé USA) inefficace seul, mais prometteur en cocktail.
« Nous ne trouverons jamais une panacée unique contre toutes les formes de SLA. » Thomas Meyer[]