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Chirurgie esthétique en Colombie : une destination prisée pour le tourisme médical, entre qualité et risques

De plus en plus de Belges et de Néerlandais optent pour des interventions chirurgicales en Colombie. Les tarifs y sont plus abordables et, selon les experts locaux, la qualité est supérieure. Cependant, le tourisme médical comporte un revers sombre.

La chirurgie plastique connaît un essor mondial. En 2016, l'International Society of Aesthetic Plastic Surgery (ISAPS) a recensé une hausse globale de 9 % des interventions esthétiques par rapport à l'année précédente. Les États-Unis dominent avec plus de 4 millions de procédures (17,9 % du total mondial), suivis du Brésil avec 2,5 millions.

La Colombie émerge comme un acteur majeur malgré sa population de 48 millions d'habitants. En 2016, plus de 500 000 interventions esthétiques y ont été réalisées, principalement liposuccions, augmentations mammaires, rhinoplasties et blépharoplasties.

Ce succès s'explique par l'afflux de patients étrangers. La Colombie mise sur une culture de la beauté séculaire et une expertise reconnue, mais est-elle vraiment supérieure ailleurs ?

Une culture de la beauté omniprésente

Soleil, mer et plages : les Colombiens attribuent leur obsession pour la beauté à leur mode de vie. Exposés au soleil, dansant ou en bikini, ils privilégient un corps impeccable. Les chiffres confirment : plus de 500 000 interventions annuelles, et une industrie cosmétique en croissance constante malgré les défis économiques, selon Euromonitor.

« Les Colombiens sont très exigeants sur le corps », explique Lina Triana, chirurgienne plasticienne à Cali, membre de l'ISAPS et de la Sociedad Colombiana de Cirugía Plástica Estética y Reconstructiva (SCCP). « Notre culture de la beauté a forgé une expertise unique. »

Triana évoque aussi l'héritage de la drogue : « L'argent facile de la mafia a démocratisé la chirurgie, touchant toutes les classes sociales. »

Chirurgie esthétique en Colombie : une destination prisée pour le tourisme médical, entre qualité et risques

Cette dynamique attire les étrangers. Triana estime que 30 % de ses patients sont non hispanophones (Américains, Serbes, Britanniques, Suisses, Italiens, Belges). L'ISAPS évalue à 20 % la part de patients étrangers en 2016, soit environ 100 000 touristes médicaux.

Une destination vacances

Des Néerlandais et Belges s'y rendent aussi. Moustapha Hamdi, chef de la chirurgie plastique à l'UZ Brussel, note : « Après l'Europe de l'Est, Tunisie et Maroc, la Colombie est la nouvelle mode. Les opérations standards y coûtent un quart du prix local. »

Ali Pirayesh, fondateur d'une clinique à Amsterdam et membre de la NVPC, cite Colombie, Thaïlande et Turquie. Il y opère des brûlés d'acide : « Les résultats varient, du bon au catastrophique. »

Les médecins subissent la pression des touristes qui veulent se faire opérer seins, ventre et nez en 15 jours de vacances.

Les motifs : coûts bas, listes d'attente courtes, discrétion et vacances associées. Triana nuance : « Nos prix augmentent avec notre réputation internationale de qualité. » Hamdi confirme l'excellence de certains chirurgiens colombiens, et Triana vante l'accueil sud-américain favorisant la guérison.

Les risques réels

Pourtant, en 2015, 15 femmes y sont mortes d'interventions esthétiques ; 30 en 2016. En 2018, la première victime à Cali succombait à une embolie pulmonaire post-liposuccion, selon El Espectador.

Infections, cicatrices, anesthésies locales persistent. La SCCP pointe les « cliniques-garage » illégales. Le gouvernement lutte, mais les prix bas séduisent.

Beaucoup d'argent « facile » est tombé entre les mains de la population via la mafia de la drogue. Du coup, tout le monde a voulu une intervention.

Conseil de la SCCP et Triana : vérifiez l'affiliation SCCP et fuyez les offres trop alléchantes.

Seins, ventre et nez : multiples interventions

Les voyages longs risquent la thrombose. Même avec des experts, des drames surviennent, comme pour une Espagnole de 44 ans à Cali.

Les touristes demandent souvent plusieurs opérations : liposuccion, augmentation mammaire et rhinoplastie le même jour. Pirayesh critique : « Chez nous, on évite ça. » Triana alerte : « Attendez 72 heures post-vol ; reposez-vous un mois, pas de fêtes. »

Forfait tout compris

Des agences proposent « beauty tours » : vols, hôtels, opérations. Cheyenne Rigaglia (Calibelleza) organise des groupes néerlandais : « Aux Pays-Bas, résultats standards ; en Colombie, spectaculaires. » Ses clientes (Américaines, Canadiennes, etc.) privilégient fesses, liposculpture, abdominoplastie.

Triana plaide pour plus de promotion gouvernementale : normes élevées, experts, installations modernes, prix attractifs. Le tourisme médical englobe aussi dentisterie, oncologie, ophtalmologie.

Chirurgie esthétique en Colombie : une destination prisée pour le tourisme médical, entre qualité et risques

En 2014, 216 millions de dollars dépensés par les étrangers (+61 %), boostant hôtels et restaurants (Oxford Business Group).

Absence de suivi post-opératoire

Hamdi déconseille : « Complications au retour ? Retour en Colombie impossible ; soins locaux coûteux. Risque d'infections tropicales inconnues en Europe. »

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