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La fierté : légitime pour les outsiders, problématique pour les privilégiés ?

Fier de vos racines africaines ? C'est légitime ! Mais afficher sa fierté pour un teint blanc suscite souvent des réactions négatives. Pourquoi cette même émotion provoque-t-elle des réponses si contrastées ? La philosophie apporte une réponse clé : tout dépend du but de cette fierté – affirmer son égalité ou sa supériorité ?

La fierté permet aux opprimés de reclaim l'espace qui leur est injustement dénié, comme lors de la Gay Pride ou du mouvement Black Lives Matter. Pourtant, elle peut virer à l'arrogance narcissique et dangereuse, à l'image des Proud Boys, ce groupe pro-Trump américain aux actions violentes.

Pourquoi roule-t-on des yeux devant la Straight Pride organisée à Boston par des hétérosexuels ? Pourquoi la fierté semble-t-elle dépendre de qui l'exprime pour être jugée positive ? C'est l'objet de mes recherches philosophiques : la valeur morale de la fierté repose sur le contexte, non sur son objet. Elle est précieuse tant qu'elle répond à une injustice, et perd son sens une fois l'égalité atteinte.

« Est-ce que mes hanches te défient ? »

Lorsque Billie Eilish a posé en corset sur la couverture de Vogue cette année, elle a revendiqué sa fierté corporelle. Pour de nombreuses jeunes filles, c'était révolutionnaire : elle affirme que les femmes n'ont pas à se cacher pour être prises au sérieux. « Est-ce que mes hanches te défient ? », lance-t-elle, plaidant pour que les femmes embrassent leur corps et se sentent sexy sans honte.

La fierté : légitime pour les outsiders, problématique pour les privilégiés ?

Ici, la fierté est positive : elle milite pour l'égalité et l'émancipation. Eilish ne cherche pas la supériorité, mais à démontrer que corps masculin ou féminin mérite un traitement égal, sans être un obstacle à la reconnaissance.

La fierté est généralement précieuse jusqu'à ce qu'elle ne soit plus nécessaire

Les organisateurs de la Straight Pride ne réclament-ils pas aussi l'égalité ? À la surface, oui : « Si les autres défilent, nous aussi ! » Mais ils ignorent les positions de départ inégales. Demander un traitement identique perpétue alors l'injustice. Les hétérosexuels ne manquent pas d'espaces d'expression ; la communauté LGBTQ+, si. La fierté y est vitale pour conquérir une visibilité longtemps niée. En Europe, la thérapie de conversion n'est interdite que dans trois pays, et la violence homophobe persiste.

La fierté : légitime pour les outsiders, problématique pour les privilégiés ?

La fierté et l'outsider

La Straight Pride ou la fierté blanche menacent ainsi l'égalité : pas de fierté légitime sans menace réelle. Elle détourne alors l'attention des vraies inégalités. Cela ne signifie pas que les Blancs doivent avoir honte, mais que la priorité va ailleurs.

Règle simple : la fierté bénéficie aux outsiders face à l'injustice. Elle n'est plus nécessaire là où l'égalité règne. Le jour où gays et hétéros, Noirs et Blancs, hommes et femmes seront véritablement égaux, Gay Pride, Black Pride ou marches féministes perdront leur urgence politique. Jusque-là, la fierté reste un levier précieux contre les inégalités.

Martha Claeys, nominée pour la Flemish PhD Cup. Découvrez ses recherches sur www.phdcup.be.


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