Selon la légende grecque, l’olivier serait né en Grèce par la volonté d’Athéna, déesse soucieuse d’offrir à ses habitants un symbole de prospérité. Cécrops, roi mythique au corps mi-humain mi-serpent, fondateurs de la ville d’Attique, souhaitait lui donner un nouveau nom.
Athéna, déesse de la sagesse, des arts et des sciences, fille de Zeus, et Poséidon, dieu des mers et rival de son frère, rivalisèrent pour prêter leur nom à la cité.
Face à l’hésitation des dieux de l’Olympe, craignant les colères dévastatrices de Poséidon, Zeus décida que le nom irait au prétendant offrant le meilleur don aux habitants. Poséidon frappa le sol de son trident, faisant jaillir un cheval de combat. Athéna, d’un coup de lance, fit surgir un olivier chargé de fruits. Bien que noble, le cheval présageait la guerre ; l’olivier promettait paix et abondance. Les habitants choisirent l’arbre d’Athéna, et la ville fut nommée Athènes.
Dès l’Antiquité, l’huile d’olive était un produit essentiel, utilisé pour l’éclairage des lampes dans les temples et les foyers modestes, dans les onguents d’embaumement, et bien plus. Des tablettes d’argile datant de 2500 av. J.-C. mentionnent déjà ses variétés. Sa culture remonte à l’époque minoenne en Crète. Les rameaux couronnaient les héros grecs et romains. Le Deutéronome (VIIe siècle av. J.-C.) prescrit de laisser les olives restantes pour les étrangers, veuves et orphelins. Originaire d’Asie Mineure ou de Syrie, introduit en Provence vers 600 av. J.-C. par les Phocéens fondateurs de Marseille, l’olivier servit aussi au bois des arcs lors des Croisades (1095-1291), des statues divines et des instruments de pouvoir. Ses feuilles renferment des flavonoïdes, de la choline, des triterpènes et l’oleuropéine, aux propriétés hypotensives reconnues.
Symbole ancestral de paix grâce à sa résistance au feu, au gel et à la sécheresse, l’olivier est vénéré par toutes les religions. Dans le Coran, il est « l’arbre béni » source de lumière divine. La Bible le lie à la réconciliation des peuples : la colombe de Noé en ramena un rameau, signe de vie après le Déluge. L’ONU en a fait son emblème. En 1974, Yasser Arafat déclara à l’Assemblée générale : « Je viens avec un rameau d’olivier dans la main gauche et une mitraillette dans la droite. Ne laissez pas tomber le rameau. » Hélas, la paix reste elusive en Terre sainte, patrie de millénaires d’oliviers.
Mathusalem végétal
De nombreux oliviers atteignent des âges canoniques. Pline l’Ancien mentionnait un exemplaire grec de 1600 ans. Le plus ancien vivant, à Ano Vouves en Crète, âgé d’environ 3000 ans, mesure 12,5 m de circonférence. En Sardaigne, « S’Ozzastru » rivalise. Au Liban, « l’Arbre des Perses » fructifie encore à 2700 ans. En France, à Roquebrune-Cap-Martin (Alpes-Maritimes), un olivier de 2000 ans, au tronc de 20 m de circonférence, est le doyen national, sauvé in extremis de l’abattage.
En France, la mode des oliviers centenaires importés d’Espagne pose problème : arrachés sans discernement, ils alimentent un négoce non réglementé, favorisant pillages et destructions. Toutefois, ce marché sauve parfois des arbres menacés. Notez que les fissures du tronc peuvent tromper sur l’âge réel, souvent bien inférieur à un millénaire.
Les oliviers captivent par leur beauté éternelle. Vincent van Gogh (1853-1890) leur dédia des toiles vibrantes. En 1889, il écrivit à son frère Théo : « Les oliviers sont caractéristiques et je lutte pour les saisir. C’est de l’argent, tantôt plus bleu, tantôt verdi [...] fort difficile. » Et : « Le murmure d’un verger d’oliviers a quelque chose de très intime, d’immensément vieux. » André Gide, dans Les Faux-Monnayeurs (1925), confia : « Je sens un immense besoin d’aérer un peu mes pensées et d’aller retrouver mon cher olivier. » Solitaire par nature, sans forêts, l’olivier émerveille par sa longévité et l’or précieux de son huile.
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