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Gels hydroalcooliques : augmentent-ils vraiment le risque de résistance aux antibiotiques ? L'avis d'un expert

Depuis le début de la crise du Covid-19, l'utilisation des gels hydroalcooliques et désinfectants pour les mains a explosé. Certains craignent que cela ne favorise la résistance aux antibiotiques. Tom Coenye, microbiologiste à l'Université de Gand, tempère : « Le risque reste faible, mais une utilisation responsable des antimicrobiens est toujours recommandée. »

Le toxicologue britannique Winston Morgan alerte sur The Conversation contre l'abus de ces produits : « Nous associons à juste titre la résistance aux antimicrobiens à l'usage excessif d'antibiotiques. Mais les bactéries peuvent aussi développer une résistance via une utilisation inadéquate de produits chimiques comme les désinfectants. Une dilution ou une application inefficace peut sélectionner des souches résistantes. » Il cite notamment une étude australienne de 2018 publiée dans Science Translational Medicine.

Pas impossible, mais risque faible

Tom Coenye, professeur de microbiologie à la Faculté des sciences pharmaceutiques de l'Université de Gand, comprend ces craintes mais les nuance. « Ce domaine est complexe, avec des résultats contradictoires. Les méthodes de mesure varient, et chaque désinfectant ou antibiotique a ses mécanismes propres, parfois croisés. Une réponse simpliste est impossible. »

Même avec une mauvaise utilisation d'un gel hydroalcoolique, il n'y a pas de problème.

Coenye évalue le risque comme faible : « Avec un gel à base d'alcool (70 % d'éthanol par exemple), toutes les bactéries sont tuées rapidement, empêchant toute résistance. Même en cas d'exposition trop brève, les alcools agissent de façon non spécifique – lésions membranaires et coagulation protéique – rendant la résistance impossible. Vos mains ne seront pas parfaitement désinfectées, mais pas de risque de résistance accrue. »

Pour d'autres désinfectants comme la chlorhexidine (utilisée contre les infections de plaies), des mécanismes de résistance peuvent chevaucher ceux des antibiotiques. « Une surproduction de pompes d'efflux éjecte les substances nocives. Ces pompes affectent aussi certains antibiotiques, sélectionnant potentiellement des résistances en laboratoire. L'impact clinique reste incertain. »

L'hygiène de base suffit (sans risque)

Se laver les mains régulièrement et utiliser de l'eau de Javel pour les surfaces comme les poignées de porte protège efficacement, selon Coenye. « Un gel n'est pas indispensable, mais pratique en supermarché où l'eau manque. Je ne le déconseille pas. »

Avec la peur de la maladie omniprésente, insistons sur l'usage judicieux des antibiotiques.

Coenye s'inquiète plus des désinfectants intégrés dans les produits ménagers, comme les planches à découper antibactériennes. « Leurs allégations de sécurité alimentaire ne tiennent pas : les doses libérées sont trop faibles pour agir, et l'hygiène basique suffit. Pire, ces faibles doses environnementales pourraient favoriser des résistances sans bénéfice. »

La crise du Covid-19 est l'occasion de rappeler l'usage responsable des antibiotiques : « À chaque grippe, les patients en demandent inutilement au médecin. Inefficaces contre les virus, ils boostent la résistance. Aujourd'hui plus que jamais, expliquons quand ils sont utiles. »

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