Nous avons interrogé le Pr. Dr. Manu Malbrain, chef de l'unité de soins intensifs à l'UZ Brussel, et le Pr. Dr. Philippe Jorens, chef de l'unité de soins intensifs à l'UZA.
La grande majorité des patients infectés par le nouveau coronavirus présentent peu ou pas de symptômes. D'autres signalent une perte d'odorat et de goût comme premier ou unique signe, tandis que certains ne souffrent que de troubles gastro-intestinaux. Les cas plus graves manifestent des symptômes grippaux, de légers à sévères, avec fièvre, toux sèche et essoufflement. Globalement, environ 80 % des patients peuvent se reposer chez eux.
"Nous manquons de données précises, car tous ne sont pas testés, mais nous estimons qu'environ 20 % des infectés nécessitent une hospitalisation", explique le Pr. Malbrain. "Parmi eux, 5 à 20 % passent en soins intensifs, d'après nos observations."
"Les complications proviennent de multiples sources", précise le Pr. Malbrain. "Le virus endommage d'abord les voies respiratoires. Ensuite, la réponse immunitaire du corps, via la libération de cytokines par les globules blancs, peut devenir excessive, provoquant une 'tempête de cytokines' plus destructrice que bénéfique."
En soins intensifs sous ventilation, une surinfection bactérienne peut s'ajouter. "Ces attaques multiples abîment les alvéoles et capillaires pulmonaires, rendant l'oxygénation et l'élimination du CO2 difficiles", ajoute-t-il.
'Les patients peuvent entrer dans un cercle vicieux menant à une insuffisance rénale, hépatique, intestinale et une surcharge cardiaque.' Manu Malbrain, chef du département de soins intensifs à l'UZ Brussel
Pour sédater les patients en coma artificiel, des médicaments sont administrés, souvent avec des fluides intraveineux riches en sel pour maintenir la tension artérielle. Cela entraîne une surcharge hydrique et sodique, aggravant les insuffisances multiviscérales en cas de gestion imprudente.
La ventilation mécanique pose aussi des risques : la pression positive peut léser les poumons, et l'effort respiratoire intense des patients COVID crée des variations de pression néfastes. Un sédation plus profonde ou des relaxants musculaires s'avèrent parfois nécessaires.
D'autres complications incluent le syndrome hémophagocytaire (dégradation des cellules sanguines), l'anémie et la coagulation accrue obstruant les vaisseaux, altérant l'échange gazeux.
"Le COVID-19 induit un SDRA (Syndrome de Détresse Respiratoire Aiguë), similaire à celui post-traumatique ou post-pneumonie", note le Pr. Jorens. "Chez les patients COVID, il semble plus prolongé et sévère, avec une mortalité de 30-40 % contre 20-30 % en SDRA classique."
Actuellement, environ 1 000 Belges en soins intensifs peinent à se sevrer de la ventilation, contrairement aux SDRA classiques résolus en 1-3 semaines.
Les poumons sont résilients et peuvent récupérer sur des mois à plus d'un an après l'infection. Pr. Dr. Philippe Jorens
Le pronostic dépend plus de l'état neuromusculaire et de la rééducation que des lésions pulmonaires seules. Les patients fragiles préalablement sont moins admissibles en réanimation ; l'âge n'est pas le critère, mais la santé globale.
"Il est prématuré de conclure sur les séquelles à long terme, faute de suivi suffisant", indique le Pr. Malbrain. "Un scanner pulmonaire 3-6 mois post-infection est nécessaire."
Les poumons récupèrent souvent bien, mais un petit pourcentage (<5 %) pourrait développer une fibrose pulmonaire cliniquement significative, réduisant la fonction respiratoire et nécessitant une oxygénothérapie.
Le Pr. Jorens est optimiste : "Si les patients survivent, une récupération complète est probable, à confirmer dans 6 mois."

Coupe coronale d'un scanner thoracique d'un patient obèse à l'UZ Brussel. Scanner initial (A) : anomalies périphériques (flèches noires). Suivi à 1 semaine (B) : consolidations accrues. (C-D) : Quantification par IA (Icovid®).
"Les facteurs de gravité restent flous : hommes âgés en surpoids dominent", observe le Pr. Jorens. "L'IMC moyen des décédés est de 33, des survivants internés de 30, et des sortis de 27."
'Il n'est jamais trop tard pour adopter une alimentation saine, surtout si IMC > 30.' Manu Malbrain, chef de service de soins intensifs à l'UZ Brussel
L'obésité abdominale élève la pression intra-abdominale, comprimant les poumons. Associée à diabète, HTA et tabagisme, elle aggrave les échanges gazeux. Adopter une bonne hygiène de vie et arrêter de fumer reste recommandé.
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