Même si vous n'êtes pas un optimiste-né, vous pouvez augmenter durablement votre niveau de bonheur. Les psychologues ont identifié des stratégies scientifiquement validées pour cultiver des émotions positives. Article issu de Psyché&Brain.

Même si vous n'êtes pas un optimiste-né, vous pouvez élever et stabiliser votre bonheur personnel. Les psychologues ont découvert comment préserver des sentiments positifs.
Chacun ne ressent pas le bonheur de la même manière. Il suffit d'observer notre entourage pour s'en convaincre : certains individus paraissent souvent maussades, ennuyés ou désespérés, tandis que d'autres affichent une bonne humeur constante. Même face aux épreuves, ces derniers tirent du positif de leur quotidien et restent globalement satisfaits. D'où proviennent ces différences ?
Des études psychologiques montrent que l'argent, la beauté ou la santé influencent moins notre bien-être que l'on ne le croit. Bien sûr, les besoins fondamentaux – nourriture, logement, sécurité – doivent être comblés. Au-delà, aucun facteur externe ne prédit clairement le bonheur. Les personnes "ensoleillées" le seraient-elles par nature ? Des recherches sur des jumeaux identiques et fraternels confirment une prédisposition génétique : les jumeaux monozygotes sont plus similaires en termes de bonheur de base que les dizygotes. Après un succès ou un échec, chacun revient rapidement à son niveau génétique, comme pour le poids corporel.
Pas sans effort
Heureusement, la quête du bonheur n'est pas vaine. Des expériences démontrent qu'il est possible d'améliorer et de stabiliser son bien-être au-dessus de son niveau de base, à condition d'adopter des habitudes durables – tout comme pour une silhouette ou une forme physique.
Quels facteurs influencent notre bonheur ? Avec Ken Sheldon (Université du Missouri) et David Schkade (Université de Californie, San Diego), nous avons développé une théorie : 50 % des différences individuelles s'expliquent par la prédisposition génétique, 10 % par les circonstances de vie (richesse, mariage, etc.), laissant 40 % sous notre contrôle. Depuis 20 ans, nos recherches identifient les stratégies des personnes heureuses : temps passé avec famille et amis, gratitude exprimée, aide aux autres, optimisme, savourer le présent, sport, objectifs réalistes.
Dans des essais randomisés contrôlés, nous avons testé ces approches sans révéler leur objectif. Par exemple, noter quotidiennement des événements joyeux pendant 2-3 mois, aider autrui 5 fois par semaine, ou visualiser un "jour parfait" hebdomadaire. Les participants assidus ont durablement gagné en bonheur.
Cependant, le bonheur est fragile : l'euphorie post-succès s'estompe plus vite que la douleur (adaptation hédonique ou "tapis roulant hédonique"). Nous nous habituons rapidement aux positifs.
Le prix de la résilience
Nous rebondissons vite des négatifs, mais encore plus des positifs. Classique : les gagnants de loterie retrouvent leur niveau de base en 18 mois. Des études longitudinales confirment : pic de bonheur au mariage (retour à la normale en 2 ans), promotion (en 1 an).
Pour contrer cela, avec Ken Sheldon, nous recommandons : varier les expériences positives (nouveau job, relation dynamique), et cultiver la gratitude pour les acquis. Soyez ouverts aux nouveautés et rappelez-vous régulièrement vos bienfaits.
Heureux ensemble
Dans une relation, la passion initiale s'atténue par adaptation hédonique. Bonne nouvelle : nouveaux pics surgissent (mariage, bébé). Pour éviter l'ennui : valorisez-vous mutuellement, variez les moments partagés.
Études à long terme montrent une satisfaction déclinante sans effort conscient. Contrecarrez-la en multipliant les expériences positives variées, évitant les négatives (querelles persistent plus).
Plus de plaisir
• Programmez compliments, surprises.
• Évitez conflits.
S'entraider
• Soutenez les objectifs de l'autre pour une relation stable.
Plus de variété
• Changez restaurants, amis.
• Partagez sports extrêmes.
• Optez pour déménagement, voyage.
Appréciez et soyez reconnaissant
• Maîtrisez attentes.
• Revivez vos débuts.
(De Psyché&Cerveau, n° 1, 2014)
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