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Isabelle Boulay : « Mon fils Marcus, la plus belle chanson d’amour de ma vie »

La plus belle chanson d’amour d’Isabelle Boulay : son fils. « Il ne me quitte jamais. »

Élue du public, elle remporte presque chaque année le Félix de la meilleure interprète féminine au Gala de l’ADISQ, confirmant sa présence durable sur la scène. Sélection l’avait rencontrée en 2004, de retour d’une brève semi-retraite, amoureuse et entourée d’une nouvelle équipe. Aujourd’hui, on la retrouve maman : bavarde, rieuse, enjouée et philosophe.

Isabelle Boulay pourrait parler des heures de ses projets – trois idées de spectacles en tête – et de ses envies : un disque en anglais, chanter en espagnol ou dans un film de Pedro Almodóvar. Mais elle accepte de partager son succès le plus précieux, celui qui occupe la première place dans son cœur : son fils Marcus, né le 20 octobre 2008, qui a décuplé son énergie.

André Ducharme : Vous mettez combien de temps à vous ennuyer de votre fils ?

Isabelle Boulay : Une seconde ! Même s’il n’est pas toujours physiquement à mes côtés, il ne me quitte jamais. Dès qu’il s’est installé dans mon ventre, j’ai senti comme un greffon s’accrocher à moi. Je ne peux plus imaginer ma vie sans lui.

A.D. : Malgré votre horaire chargé, vous avez choisi de l’allaiter.

I.B. : C’est la seule personne au monde qui peut m’assujettir. Pendant l’allaitement, je suis juste avec lui, obligée d’être entièrement à son écoute. Ça m’a fait m’arrêter, moi qui bouge tout le temps. Ce geste entre une mère et son fils nous ramène à l’essentiel de la vie, à l’animalité presque.

A.D. : Vous êtes une maman fusionnelle ?

I.B. : Maternelle, mais pas fusionnelle. Je ne tombe pas dans la complaisance ; la vie entière ne tourne pas autour de mon enfant. Et je ne veux pas qu’il ne s’attache qu’à moi. Ça serait terrible pour nous deux.

A.D. : L’amour pour un enfant est-il la victoire ultime sur la mort ?

I.B. : Une naissance fait immanquablement penser à la mort. Je n’ai pas plus peur de mourir qu’auparavant, mais j’ai surtout moins envie de mourir maintenant.

A.D. : Avez-vous déjà eu vraiment envie de mourir ?

I.B. : À 19 ans, j’ai fait une dépression. J’arrivais à Montréal ; je me sentais complètement déracinée et je ne savais plus à quoi j’appartenais. Je n’ai jamais pensé à me donner la mort, mais je cherchais une solution pour tuer la souffrance.

A.D. : Êtes-vous dans la période la plus heureuse de votre vie ?

I.B. : Je le suis de plus en plus. Comme tout le monde, il m’arrive de vivre des jours tourmentés, mais je suis tellement reconnaissante de ma santé, de mon énergie, de la possibilité de faire ce que j’aime. J’ai vécu une grossesse de rêve : quand il était en moi, mon bébé a fait disparaître un paquet de petits désagréments. Depuis sa naissance, il adoucit bien des aspérités.

A.D. : Avoir un enfant vous ramène-t-il à votre enfance ?

I.B. : Ça me fait plutôt rajeunir. Je suis hyper responsable ; c’est une inclination naturelle. Même petite, j’étais une grande personne. Aînée de la famille, j’ai grandi entourée d’adultes. Mes parents tenaient un restaurant et un bar, puis ont recueilli des gens en détresse à la maison. Ça m’a fait mûrir rapidement.

A.D. : Votre fils sera-t-il le premier d’une lignée ?

I.B. : À 36 ans, j’aimerais avoir trois enfants. Mais avant, je dois voir comment il s’adapte à notre mode de vie. S’il est arrivé par mon ventre, pour une mère chanteuse, c’est qu’il est fait pour nous.

A.D. : Il est Balance, vous êtes Cancer. Bonne compatibilité ?

I.B. : Je crois à l’astrologie humaniste. Ce dont je suis sûre, c’est que j’ai un bébé parfait pour moi. J’espère qu’il dira la même chose de sa mère !

A.D. : Vous l’avez prénommé Marcus.

I.B. : Marc-André et moi avions plusieurs prénoms en tête – Milo, Gustave, Aurélius. À sa naissance, on a su que c’était un gladiateur ! J’aime les gladiateurs…

A.D. : Marcus Chicoine, comme son père.

I.B. : Pas besoin de Boulay pour savoir que je suis sa mère. Je ne voulais pas qu’on l’identifie d’emblée à moi.

A.D. : Que vous apporte Marcus ?

I.B. : De la vitalité, de la jeunesse, l’envie de faire mieux. Il m’apprend la patience et l’indulgence.

A.D. : Comment se prépare-t-on à devenir parent ?

I.B. : Dans la peur de ne pas être compétent. J’ai dû accepter que je n’étais pas une superwoman. Une cousine qui m’a gardée enfant est sa nounou.

A.D. : Comment protéger un enfant tout en le laissant s’épanouir ?

I.B. : Le plus dur sera de le laisser franchir la clôture.

A.D. : L’éducation vous inquiète-t-elle ?

I.B. : Si on soutenait les enseignants passionnés, le système s’améliorerait. Les parents ne doivent pas abdiquer.

A.D. : Garderie ?

I.B. : Peut-être regretterai-je de ne pas l’avoir fait ! J’espère qu’il s’adaptera à mes voyages.

A.D. : Qu’apporte une mère ?

I.B. : Comme Sagan : « Que mon fils puisse toujours me trouver entre lui et la vie. » C’est ma promesse.

A.D. : Et un père ?

I.B. : L’étreinte d’un père est capitale. Marc-André a un amour absolu pour lui. Nous resterons ses parents quoi qu’il advienne.

A.D. : Quel monde pour votre fils ?

I.B. : Qu’il s’ajuste, avec compassion, tolérance, tempérament et sensibilité.

A.D. : Que lui chantez-vous ?

I.B. : « C’est la poulette grise… » Avec des rimes inventées !

A.D. : Vos albums ?

I.B. : Il m’a entendue in utero. Je chante pour faire du bien.

A.D. : Des désirs encore ?

I.B. : Le désir reste vif. La vie d’écrivain m’attire.

A.D. : Moins d’interprètes ?

I.B. : Les voix incarnées ne disparaissent jamais.

A.D. : Vous talonne-t-on ?

I.B. : Je n’ai peur de personne.

A.D. : L’échec ?

I.B. : Pas une option. Avec cœur et énergie, on réussit.

A.D. : Sur les chanteurs, Souchon dit…

I.B. : Si on décore la vie avec du vrai, ça vaut le coup. Il faut être une grande personne.

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