De nombreuses études scientifiques montrent que les enfants n'augmentent pas forcément le bonheur des parents, ni ne le diminuent drastiquement.
« La parentalité est pire que la mort d'un partenaire », titrait la presse suite à une étude de l'Institut allemand Max Planck pour la recherche en démographie. Cette affirmation a marqué un futur père. Les chercheurs ont suivi 20 000 Allemands pendant des années, en mesurant leur satisfaction de vie sur une échelle de 1 à 10. Résultat : le bonheur chute de 1,4 point après la naissance du premier enfant.
Pour comparaison, un divorce fait baisser le score de 0,6 point et le décès d'un partenaire de 1 point. Ce que beaucoup de médias ont omis : le bonheur augmente à l'approche de la naissance. Le creux post-naissance est donc un retour d'un pic, contrairement à la perte d'un partenaire.
Le bonheur des parents n'augmente vraiment que lorsque le dernier enfant quitte le nid.
Une étude néerlandaise confirme que la parentalité réduit temporairement le bonheur. Les participants évaluaient leur état de « très heureux » à « malheureux ». Le bonheur culmine durant la grossesse du premier enfant, mais pas pour les suivants.
Après la naissance, il redescend au niveau antérieur après quelques années. Chez les femmes, le pic est plus prononcé et la récupération prend 2 à 3 ans ; les hommes retrouvent leur niveau en un an. D'autres recherches indiquent que le bonheur parental ne remonte durablement qu'après le départ des enfants.

Certaines études concluent que les enfants rendent heureux en comparant parents et non-parents. Attention : ce type de comparaison peut être biaisé, car le groupe sans enfants inclut souvent des personnes infertiles ou célibataires.
Que faire de ces résultats ? « C'est bon à savoir », explique Ruud Veenhoven, expert en bonheur à l'Université Erasmus de Rotterdam. « Comme le risque de se casser la jambe en ski, qui dissuade certains. Savoir que les enfants peuvent réduire le bonheur aide à éviter les déceptions. »
Les enfants n'apportent pas plus de bonheur, mais ils créent du sens.
Tout le monde n'adhère pas à cette quête du bonheur « hédonique » (bien-être subjectif). Emily Esfahani Smith, psychologue suisse et auteure de The Power of Meaning, plaide pour une vie pleine de sens.
Des psychologues américains ont comparé bonheur et sens. Le bonheur rime avec satisfaction immédiate et vie facile ; le sens, avec contribution à une cause supérieure, transcendant le présent. La santé et l'argent boostent le bonheur, pas le sens. Les relations comptent pour les deux, mais le bonheur est plus « recevoir », le sens « donner ». Les enfants augmentent le sens, non le bonheur. Le stress nuit au bonheur, pas au sens. Lutter pour le sens mène souvent au bonheur.
La poursuite du bonheur ne doit pas devenir une doctrine.
Les critiques alertent : obsédés par le bonheur « malléable », certains se sentent plus malheureux. Les plus vulnérables en pâtissent le plus. « L'idéal de bonheur est allé trop loin », note Bolier. « On se sent échec si on n'est pas heureux. La recherche du bonheur ne doit pas devenir une doctrine. »
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