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Pénurie d'organes en Belgique : xénogreffes animales et organes cultivés, des solutions d'avenir ?

1 276 Belges figurent sur la liste d'attente pour un organe vital. Pourtant, des avancées prometteuses émergent pour combler cette pénurie.

Pour les patients en insuffisance hépatique ou pulmonaire, une greffe est souvent la seule option de survie. Elle l'est aussi pour les insuffisants cardiaques – malgré les cœurs artificiels qui prolongent l'attente – ou pour les malades rénaux dialysés, les patients à intestin grêle défaillant dépendants de la nutrition parentérale, et les diabétiques insulinodépendants. Malheureusement, la demande dépasse largement l'offre : 1 276 Belges en attente en Belgique, contre 63 800 en Europe.

Cette pénurie s'explique par plusieurs facteurs. « Seuls quelques pour cent des décès sont compatibles avec un don d'organes », explique le Pr Robert Porte, chirurgien au CHU de Groningen. Par exemple, les cancers ou les défaillances multiviscérales post-septicémie rendent les organes inutilisables.

« On ne peut mourir que de deux façons pour le don : mort cérébrale ou cardiaque », précise Luc Colenbie, coordinateur des greffes à l'UZ Gent. Idéalement, les patients en coma artificiel après lésion cérébrale, ventilés pour maintenir la perfusion organique, sont les meilleurs candidats. Les arrêts cardiaques hors hôpital privent trop souvent les organes d'oxygène. « Seuls ceux survenus à l'hôpital, avec réanimation rapide, conviennent », ajoute-t-il. En Espagne, des pompes thoraciques automatiques prolongent la viabilité ; à New York, des unités mobiles accompagnent les ambulances.

Trouver la compatibilité parfaite reste un défi
Même avec un donneur médicalement apte, la compatibilité (groupe sanguin, tissus, âge, taille, poids) n'est pas garantie. Eurotransplant, regroupant Belgique et Pays-Bas, optimise les appariements via une base de données partagée.

Pour élargir le vivier, la Belgique applique l'opt-out : tout décès fait du défunt un donneur potentiel, sauf opposition enregistrée ou exprimée par la famille (voir encadré « Dois-je m'inscrire comme donneur ? »). À l'inverse, les Pays-Bas pratiquent l'opt-in.

Le don vivant – rein ou segment de foie – gagne du terrain. « On peut vivre avec un rein, et le foie se régénère », note le Pr Jacques Pirenne, chef de la chirurgie transplantée à l'UZ Leuven. En Belgique, seuls 10 % des organes proviennent de vivants, contre un potentiel plus élevé. Les greffes croisées contournent les incompatibilités directes.

« Les reins de donneurs vivants offrent de meilleurs résultats : compatibilité accrue, qualité optimale, temps ischémique réduit à 1h30 max », souligne le Dr Koenraad Van Hoeck, expert rénal à l'UZA, qui opère des enfants depuis 20 ans.

Des organes "à haut risque" de plus en plus utilisés
Malgré les efforts, les listes d'attente stagnent. Les donneurs vieillissent (35 ans en moyenne il y a 20 ans, 53 ans aujourd'hui), dues à moins d'accidents routiers. « Nous assouplissons les critères pour des organes âgés ou endommagés », explique Pirenne. Exemple : un foie de 90 ans greffé avec succès en 2012 chez un septuagénaire. L'âge biologique prime sur l'âge civil.

▶ Un cœur reste viable 4 heures post-prélèvement, un rein plus de 24 heures.

Pénurie d organes en Belgique : xénogreffes animales et organes cultivés, des solutions d avenir ?

Xénogreffes et organes cultivés : l'espoir du futur
Les scientifiques explorent les xénogreffes. « Le rejet immunitaire est fort, mais modifiable génétiquement chez le porc, dont les organes sont de taille similaire », détaille Pirenne. Éthiquement préférables aux grands singes, les porcs posent des défis : infections (rares en pratique) et fonctions limitées (ex. foie porcin moins efficace). Des essais avancent.

Les organes cultivés partent d'une matrice décellularisée repeuplée de cellules du receveur. Succès chez le rat (reins, foies à 15 % fonctionnels). À l'Institut Hubrecht (Utrecht), des tissus hépatiques et pancréatiques murins issus de cellules souches ont partiellement restauré des foies malades chez la souris, promettant des thérapies humaines.

Conservation à chaud : une révolution
À Groningen, le Pr Porte a pioneering la perfusion normothermique : foies rejetés conservés à 37°C avec sang oxygéné, pompé et ventilé. « Moins de dommages que le froid sur glace, tests et réparations possibles (ex. œdème pulmonaire résorbé) », dit-il. Prochains essais sur organes sains pour foies, poumons, reins, pancréas.

Enfin, note Colenbie, toutes les morts en attente (3 780/63 800 en Europe en 2012) ne sont pas dues à un manque d'organes, mais la pénurie reste critique. Des alternatives s'imposent.

Dois-je m'inscrire comme donneur ?
En Belgique (opt-out), tout résident est donneur potentiel sauf opposition. En opt-in (Pays-Bas), inscription requise. Les experts recommandent l'enregistrement explicite : « Un document 'pour' facilite l'accord familial face au deuil », conseille Colenbie. Depuis mars, plus de 'pour' (193 516) que 'contre' (188 481) en Belgique.
Inscrivez-vous via votre commune ou www.beldonor.be (Belgique) / www.donorregister.nl (Pays-Bas).

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