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Les poignées de main des chimpanzés : une forme de culture animale ?

Certains chimpanzés échangent un long "high five" lors du toilettage mutuel. Tous ne le pratiquent pas de la même façon. S'agit-il d'un apprentissage social et d'une forme de "culture" ?

Les poignées de main des chimpanzés : une forme de culture animale ?

Les chimpanzés et leurs poignées de main lors du toilettage

La question de la culture animale, particulièrement chez les grands singes, suscite de vives controverses depuis une décennie. En 1999, neuf primatologues éminents ont publié dans la revue Nature un article intitulé "Cultures chez les chimpanzés". Ils ont démontré que des populations observées sur le terrain présentaient des variations systématiques dans des dizaines de comportements quotidiens, attribuées à l'apprentissage social par imitation.

Pas de simples imitateurs
La variation comportementale n'équivaut pas en soi à de la culture, soulignent les experts. Les différences observées au sein d'un même groupe ne s'expliquent pas toujours par l'environnement. Un exemple classique est la pêche aux fourmis : à Taï (Tanzanie), les chimpanzés utilisent des bâtons courts et mangent directement les insectes ; à Gombe, des bâtons plus longs avec extraction manuelle. Cependant, à Bossou (Guinée), les deux techniques coexistent selon le contexte, invalidant une interprétation purement culturelle.

Les chimpanzés excellent dans l'innovation plutôt que l'imitation fidèle. La découverte d'une technique se propage souvent par opportunité écologique, non par copie stricte. Pour contourner ces critiques, les chercheurs étudient désormais des gestes non utilitaires.

La poignée de main de toilettage
Décrite initialement par le primatologue Bill McGrew, cette pratique fascine : aux monts Mahale (Tanzanie), les chimpanzés lèvent les bras et se tiennent par la main ou le poignet pendant le déparasitage, contrairement à Gombe. Différents groupes de Mahale affichent des variantes.

Pour tester l'hypothèse culturelle, Edwin van Leeuwen (Institut Max Planck, Nimègue) et ses collègues ont observé quatre groupes semi-sauvages au sanctuaire Chimfunshi (Zambie). Vivant dans la même forêt sans contact, issus de provenances africaines variées (sans biais génétique), ces groupes présentaient des poignées distinctes (paume, poignet, avant-bras), se propageant au fil du temps indépendamment de la morphologie ou de l'environnement.

Publiée fin août dans Proceedings of the Royal Society B, l'étude est saluée par des experts comme Frans de Waal (Emory University) et Stephen Lycett (Université du Kent), confirmant le rôle de l'apprentissage social. Kevin Langergraber (Boston University) questionne toutefois la composition génétique et la portée "culturelle" de ces différences subtiles.

Van Leeuwen nuance : toutes les variantes existent dans chaque groupe, mais avec des fréquences distinctes, rendant improbable une base génétique. Fonctionnellement sociales, ces gestes n'impactent pas la survie. Le terme "culture" reste sémantique ; "tradition" convient mieux. L'étude ouvre des pistes sur leur mécanisme et utilité.

Cet article est également paru dans Eos Weekblad sur iPad
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