Des chercheurs néerlandais de l'Institut Hubrecht et de l'UMC Utrecht ont développé en laboratoire des glandes lacrymales miniatures, appelées organoïdes, capables de produire du liquide lacrymal.
Des larmes en boîte de culture : un phénomène bien connu des doctorants après un test raté ou un article rejeté. Les chercheurs d'Utrecht ont eux aussi versé des larmes, mais issues d'organoïdes lacrymaux.
La glande lacrymale, située dans la partie supérieure de l'orbite, produit le liquide lacrymal essentiel à la lubrification et à l'alimentation de la cornée, tout en offrant une protection antibactérienne. « Dans cette étude, nous avons exploré la biologie de la glande lacrymale », explique Yorick Post, chercheur impliqué. « Cet organe protège les yeux et, en cas de dysfonctionnement, provoque de graves problèmes. Jusqu'ici, il manquait un modèle fiable pour l'étudier. »

Larmes produites par un organoïde de souris. La lipocaline 2 (en rouge) est un composant clé du liquide lacrymal. Crédit : Yorick Post. © Elsevier.
Dans cette recherche publiée dans Cell Stem Cell, les scientifiques décrivent une méthode pour cultiver des organoïdes lacrymaux en 3D, mimétisant les fonctions des glandes réelles. Comme les humains pleurent en réponse à la douleur, ces organoïdes réagissent aux stimuli chimiques en produisant des larmes. Cela permet de tester des médicaments sans recourir à des patients, et même de les transplanter chez la souris, ouvrant la voie à des thérapies régénératives pour les maladies des glandes lacrymales.
Vidéo accélérée (4 heures) d'organoïdes lacrymaux exposés à la noradrénaline. Crédit : Marie Bannier-Hélaoué (Institut Hubrecht).
La professeure Martine Jager, ophtalmologiste au Centre médical universitaire de Leyde, souligne : « Combiner l'expertise en organoïdes de l'Institut Hubrecht avec les connaissances cliniques sur la glande lacrymale de l'UMC Utrecht ouvre de nouvelles perspectives. Ce modèle permettra d'étudier les maladies oculaires graves, comme les attaques des cellules T sur les glandes, et de développer des régulations ciblées. »
Le professeur Peter Ringens, ophtalmologiste au Maastricht UMC+, ajoute : « Cette étude est une prouesse scientifique illustrant la médecine du futur : des tissus fonctionnels cultivés en laboratoire. Elle offre des applications prometteuses pour les patients souffrant de sécheresse oculaire sévère, un problème sous-estimé mais grave. »
Source : Cell Stem Cell
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