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Scintigraphie cérébrale : un outil pour prédire la gravité de l'épilepsie

La médecine de précision révolutionne les traitements contre le cancer. Il en ira de même pour l'épilepsie, estime Stefanie Dedeurwaerdere, chercheuse chevronnée qui explore de nouvelles cibles thérapeutiques, comme l'inflammation cérébrale.

«Tu ferais mieux de rester à la faculté.» Tels furent les conseils adressés à Stefanie Dedeurwaerdere, alors étudiante en biologie, lorsqu'elle ambitionna d'axer sa thèse sur la recherche cérébrale. Ignorant ces avis, elle trouva un mentor en la personne de Paul Boon, expert en épilepsie à l'UGent, qui supervisa ses travaux. Sa formation en biologie lui permit d'élucider les mécanismes moléculaires de l'épilepsie chez le rat et la souris.

Au passé, la recherche en neurologie se focalisait sur le cerveau. Désormais, nous savons que tout le corps est impliqué.

Stefanie Dedeurwaerdere a récemment quitté l'Université d'Anvers (UA) pour rejoindre UCB, société pharmaceutique à Braine-l'Alleud. Enthousiaste, elle annonce la publication imminente de son article dans une revue scientifique préstigieuse, fruit de cinq années de travail. Avec son équipe, elle a visualisé l'inflammation chez des rats via la TEP (tomographie par émission de positons). Ces scanners cérébraux prédisent le développement d'une épilepsie post-crise et sa gravité.

Une crise unique signifie-t-elle une épilepsie ?
Non. L'épilepsie se définit par des crises spontanées récurrentes. Une personne sur dix connaît une crise isolée, par exemple après excès d'alcool, accident avec lésion cérébrale ou fièvre élevée. La question clé est : qui développera une forme chronique ?

En principe, quiconque peut être concerné. Près d'une personne sur 100 à 150 souffre d'épilepsie, avec des convulsions dues à un « court-circuit » neuronal, souvent associées à dépression et anxiété (perte de contrôle musculaire, hallucinations, inconscience). Ces prévalences stagnent depuis quarante ans. Les médicaments échouent chez trois patients sur dix, malgré les avancées médicales globales.

Pourquoi la recherche est-elle si ardue ?

Des centaines de formes d'épilepsie existent, avec mécanismes et causes variés. Un traitement efficace pour l'un ne l'est pas pour l'autre.

Les thérapies actuelles ciblent l'«électricité » cérébrale : signaux électriques et chimiques via synapses. Lors d'une crise, une surstimulation propage un « orage » neuronal. Les médicaments agissent sur neurones et synapses.

Pourquoi cette surstimulation ?
Normalement, les interneurones la contiennent. Chez l'épileptique, ce n'est pas le cas.

Des mutations génétiques altérant les décharges neuronales sont identifiées, mais incomplètes (présentes chez des sujets sains). Combinées, elles expliqueraient trois quarts des cas, héréditaires ou spontanées, augmentant le risque post-crise.

Quelles autres causes ? Lésions cérébrales, AVC, infections (ex. : larves de Tenia solium). Infections maternelles pendant la grossesse élèvent le risque (ex. faim/infection 1944-45 liée à schizophrénie, autisme, épilepsie). Inflammation post-lésion/infection via cellules gliales (microglie), libérant substances pro-excitatrices, attirant cellules immunitaires, modifiant connexions synaptiques et favorisant crises.

Facteurs environnementaux (rhume, stress, hormones) déclenchent chez les vulnérables (post-lésion/génétiques).

Quelles inflammations ?
Chroniques post-lésion, génétiquement modulées. Créent un cercle vicieux : glutamate → alerte microglie → excitabilité accrue.

Visualisation de l'inflammation ?
Oui. TEP post-première crise chez rats : traceur lié à microglie activée. Corélé à EEG, comportement (anxiété/dépression) et nombre de crises futures. Prédictif pour humains : identifier haut risque, tester nouveaux traitements.

Liens avec autres troubles ?
Continuum neurologique : auto-anticorps anti-NMDA (psychoses/épilepsie), SEP, Alzheimer (inflammation/protéines tau).

Inflammation transversale ?
Oui. Axe intestin-cerveau via immunité.

Nouveaux traitements anti-inflammatoires ?
Stéroïdes (risqués), Anakinra (essais en cours). Briser cercle vicieux améliore réponse aux traitements classiques. Vers médecine personnalisée (IRM/TEP).

Alternatives ?
Chirurgie (excision foyer), régime cétogène (enfants, mécanisme inconnu), stimulation cérébrale (continue/ferme boucle, en développement).

Avenir : wearables monitorant cerveau/physiology pour stimulation/modélisation préventive, « pilules intelligentes ».

Le lundi 12 juin à 20h30, la professeure Stefanie Dedeurwaerdere présentera ses recherches à la Zebrastraat à Gand.

Inscriptions : www.brainwijzer.be.


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