Le réchauffement climatique progresse sans relâche, tandis que les changements de comportement peinent à suivre. Paul van Lange, psychologue social à l'Université VU d'Amsterdam, expert en dilemmes sociaux et en durabilité, partage ses stratégies pour stimuler des habitudes éco-responsables.
Depuis sa thèse doctorale dans les années 1980, Paul van Lange étudie les dilemmes entre intérêt personnel et collectif, particulièrement dans le contexte environnemental et climatique actuel.
« Je suis optimiste : la psychologie a toujours un rôle à jouer. Une innovation technologique pourrait aider, mais ce sont les individus qui doivent agir. La question est : comment inciter les gens à prioriser le bien commun ? Et comment le gouvernement peut-il y parvenir ? »
« Il faut penser au-delà de sa génération. Les grands-parents manifestent pour le climat au nom de leurs enfants et petits-enfants. Faire appel à cet horizon intergénérationnel motive ceux qui n'agissent pas pour eux-mêmes. »
« Adoptez le bon ton en communication. Évitez les injonctions trop directives : c'est contre-productif. Les gens se perçoivent comme moralement supérieurs ; une leçon du gouvernement suscite la résistance. »
« Mettez en avant l'horizon des générations futures et facilitez les choix durables. Rendez les gares et trains plus attractifs : emporter son vélo devient un plaisir, incitant à abandonner la voiture. »
« Les décisions se focalisent sur l'immédiat, au détriment du futur. Fournir des infos sur la durabilité des produits aide à choisir. Les quartiers éco-conçus attirent par leur réputation ; les gens aiment afficher leur engagement climatique, tout comme les entreprises. »
« On compense souvent : vols fréquents justifiés par un régime végétarien. Nous échangeons notre culpabilité contre des dons ou actions symboliques. »
« C'est partiellement vrai, mais certains testent de vraies alternatives. Briser une habitude demande d'expérimenter : pour moi, le train vers Francfort est devenu une évidence. Plus agréable, productif et sans attente. »
« Nous sommes des créatures d'habitudes. Personne ne révolutionne tout du jour au lendemain. Compenser est réaliste face aux obligations. Visez des changements progressifs pour réduire les émissions. »
« Le gouvernement ne peut exiger zéro CO2 pour tous. Mais les normes évoluent : pourquoi l'avion pour Paris et pas le train ? Les visios comme Skype deviendront courantes. »
« Les deux. Pragmatique face à l'idéal zéro émission, elle reflète une sensibilité accrue. »
« Rendez-le concret : vagues de chaleur, déforestation impactant la faune. Une étude montre que lier dilemmes économiques à des enjeux comme le sort des grillons booste les choix durables, plus que les images d'ours polaires. »
« Dans un jeu anonyme, informer que trop de gains menaçait des grillons incitait à la modération. L'empathie fonctionne avec des exemples accessibles ; la communication a un fort potentiel. »