Les enfants des combattants de l'État islamique (EI) représentent des bombes idéologiques à retardement. Dès l'âge de cinq ans, ils sont exposés à une violence systématique et imprégnés d'une haine viscérale envers l'Occident. Comment les désamorcer efficacement ?
Récemment, la Belgique a annoncé vouloir rapatrier six enfants issus des camps kurdes en Syrie. Selon Child Focus, leurs parents sont probablement décédés, et aucun de ces orphelins belges n'a plus de douze ans.
Ces enfants ont été confrontés quotidiennement à des scènes d'une horreur extrême, entraînant des traumatismes profonds et des troubles mentaux durables. Dans les écoles mises en place par l'EI, l'endoctrinement était omniprésent : en maths, on calculait le nombre de combattants EI surpassant leurs adversaires ; en chimie, on étudiait « l'inhalation de gaz » ; en éducation physique, on apprenait les positions de tir avec diverses armes. Comment effacer une telle « éducation » ?
Contrairement aux autres enfants soldats, ceux de l'EI ne sont pas seulement recrutés : ils sont transformés en bombes idéologiques. Le groupe terroriste a militarisée les écoles dans les zones conquises en Syrie et en Irak.
Dès cinq ans, l'EI plonge ces enfants dans un univers de violence où la religion dicte tout. Ils manient les armes bien avant l'adolescence, posant un défi majeur à la communauté internationale.
Bien que l'EI ait perdu son territoire, il est crucial de sauver ces enfants radicalisés pour prévenir les attaques en Occident. Il faut s'attaquer aux racines des conflits locaux et bâtir un avenir où les enfants jouent plutôt que de se battre, et où les écoles éduquent plutôt qu'elles ne forment des soldats.
« Lorsque vous êtes en colère, la pensée en noir et blanc est attrayante » – Psychologue social Kees van den Bos
Les manuels scolaires instillent les bases des activités militaires et un sentiment de supériorité basé sur l'interprétation extrémiste de l'islam par l'EI, tout en exaltant le combat contre les « infidèles ».
Les vidéos de l'EI et celles filmées par des journalistes révèlent la pratique : apprentissage des armes légères et des grenades.
Bien que forcés dans bien des cas, de nombreux enfants se portent volontaires, parfois avec l'accord parental. À long terme, l'initiative importe peu : l'EI vise à les fidéliser. Surnommés « Louveteaux du califat », ils sont dressés à l'obéissance, dépendants d'un leadership souvent violent.
Ces enfants pourraient former une génération de combattants idéologues, perpétuant les idées de l'EI malgré ses défaites militaires.
Des initiatives de désarmement, démobilisation et réhabilitation (DDR) existent pour réintégrer les enfants soldats. Elles marquent une coopération croissante entre civils et militaires pour un monde sans conflits.
Cependant, la radicalisation systématique de l'EI exige plus : le rythme et l'ampleur de ce phénomène sont inédits.
Les programmes doivent être des processus communautaires pour une paix durable, même pour les enfants non combattants mais influencés idéologiquement.
Dans les régions hostiles à l'ingérence occidentale, ces idées résiduelles persistent longtemps.
Les processus classiques – identification, désarmement, réintégration physique et mentale, réconciliation – sont indispensables mais insuffisants face à une telle radicalisation.
Une réponse internationale systématique s'impose : réintégration rapide, révision des programmes scolaires pré-EI, protection contre le nouveau recrutement via éducation à la tolérance et à l'inclusion.
Des initiatives locales anti-radicalisation, des espaces de socialisation avec pairs et communauté aideront à effacer l'endoctrinement EI.
Ces mesures panseront les blessures, briseront le cycle de violence et empêcheront la résurgence de l'EI.
Traduction : Mauro Vanden Berghe
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