Si certaines images de trous groupés, comme des têtes de graines de lotus ou des bulles dans la pâte, provoquent chez vous des frissons, des démangeaisons ou une nausée intense, vous pourriez souffrir de trypophobie. Ce phénomène, décrit comme une peur irrationnelle des motifs de petits trous rapprochés dans des structures organiques, touche des milliers de personnes. La page Facebook dédiée compte plus de 4 000 membres et recueille des témoignages de réactions viscérales similaires.
Récemment, nous avons enquêté sur les origines de cette aversion étrange, souvent méconnue même des spécialistes.
Contactés, une dizaine de psychologues ont majoritairement ignoré ce terme, tandis que les experts en psychologie évolutionniste ont hésité à spéculer. La trypophobie n'est pas répertoriée comme une phobie officielle dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) de l'American Psychiatric Association, qui exige une interférence significative avec la vie quotidienne. Bien que dérangeante, elle n'empêche pas toujours les activités normales.
La trypophobie s'inscrit parmi une multitude de peurs idiosyncratiques. Des listes en ligne recensent des centaines de phobies, de l'acrophobie (peur des hauteurs) à la zemmiphobie (peur du grand rat-taupe). Elle n'y figure pas encore officiellement.
Martin Antony, psychologue à l'Université Ryerson de Toronto, ancien président de la Société canadienne de psychologie et auteur de The Anti-Anxiety Workbook, explique que les cliniciens privilégient les phobies courantes et ignorent souvent les néologismes. « Les gens peuvent craindre absolument n'importe quoi », note-t-il.
Les causes incluent traumas (ex. : morsure de chien), apprentissages observés (peur des hauteurs vue chez autrui), influences culturelles (films d'horreur) et prédispositions biologiques. Antony précise : « Rien n'indique que les peurs inhabituelles obéissent à des mécanismes différents. »
Contagieuse via les réseaux sociaux, la trypophobie se propage par émotion partagée, comme le rire en groupe. Certains découvrent leur sensibilité en scrollant des images. Des origines personnelles émergent : poignard à trous ou réaction allergique gonflant la peau.
Peur et dégoût sont liés. Évolutionnairement, le dégoût protège contre les maladies (araignées, vomi). Les trous organiques évoquent peut-être infections cutanées (rougeole, varicelle). Antony tempère : pure spéculation, comme pour l'asymétrie en TOC.
Masai Andrews, fondateur de Trypophobia.com et du groupe Facebook en 2009 (étudiant en sociologie à SUNY-Albany), milite pour sa reconnaissance scientifique.
Aucune page Wikipédia dédiée n'existe, supprimée comme « canular ». Le terme, créé par une blogueuse irlandaise « Louise » (grec : trous + peur), attend validation lexicographique.
Testez-vous avec ces images. Attention : risque de malaise !
