Bien que les e-mails et documents des soi-disant « Monsanto Papers » soient publics depuis plusieurs semaines, ils continuent de susciter des controverses dans les médias belges. À quel point le glyphosate est-il vraiment dangereux ? Deux jeunes chercheurs apportent le recul nécessaire, souvent absent des médias grand public.
Un ami inquiet nous a écrit : « Mes amis scientifiques peuvent-ils m'expliquer les documents de Monsanto ? Tracas infondés ou éléments troublants ? Je ne sais plus ! »
Pour être honnêtes, aucun de nous n'avait entendu parler de ces « Monsanto Papers ». Vivant à l'étranger, nous n'avons pas vu nos journaux en parler. Une recherche rapide a révélé qu'il s'agit de milliers d'e-mails publiés par Monsanto suite à une ordonnance d'un juge de San Francisco le 14 mars 2017. Bien que De Standaard présente cela comme une enquête exclusive, ces documents sont disponibles depuis des semaines et ont déjà été couverts par la presse internationale.
On ignore pourquoi cela devient soudain une « grande nouvelle » en Belgique, mais les réactions sont vives.
Terzake a diffusé un extrait affirmant que Monsanto « pendant des années, a tordu des études scientifiques ou les a rédigées lui-même ». Selon eux, les documents prouvent que le Roundup est cancérigène. Nina Holland évoque l'influence du lobbying de la Task Force Glyphosate sur les études de l'EFSA. Ib Pedersen, agriculteur danois, montre des porcelets déformés qu'il lie aux résidus de glyphosate dans l'alimentation porcine. Enfin, Gilles-Éric Séralini, auteur d'une étude controversée sur les effets du Roundup chez les rats, est interviewé.
Les répercussions politiques sont significatives.
L'eurodéputé belge Marc Tarabella (PS) propose une commission d'enquête sur Monsanto et demande à la Commission européenne de ne pas renouveler l'autorisation du glyphosate dans l'UE. Bart Staes (écolo) réclame une réforme du fonctionnement de l'EFSA. La ministre Joke Schauvliege envisage une interdiction temporaire pour les particuliers, en attendant plus de clarté sur les risques cancérigènes du Roundup. Plusieurs aspects nous interrogent.
Le reportage de Terzake est succinct et émotionnel. Face au manque de preuves solides, il recourt à : 1) des généralisations sans détails (que disent exactement les e-mails sur le cancer ?) ; 2) des études controversées comme celle de Séralini ; 3) des sources biaisées (Nina Holland est liée au mouvement anti-OGM Field Liberation Movement) ; 4) des images alarmistes de porcelets déformés sans preuves irréfutables.
Si Monsanto a fauté, il devra répondre. Mais la santé publique dépend-elle uniquement de la confiance en une entreprise ? Le glyphosate est débattu en Europe depuis longtemps ; une étude complémentaire est en cours pour 2018. Les e-mails publics depuis des semaines, les ministres réagissent aux articles de De Standaard et Knack. Cela pose question : les politiciens priorisent-ils vraiment la santé publique ou des agendas cachés (anti-OGM, anti-agriculture conventionnelle, pro-bio) ?
Restons factuels. Deux questions clés :
Les recherches en cours le diront. Ces e-mails suggèrent des pratiques douteuses pour défendre le Roundup. La demande de transparence de Bart Staes est pertinente.
Même si Monsanto a influencé des études, cela n'invalide pas le consensus sur la sécurité du Roundup. Comme le rapporte Eos, l'EFSA s'appuie sur bien plus que les études de Monsanto.
La science toxicologique est nuancée : toxicité relative, méthodes variées. Le CIRC classe le glyphosate « probablement cancérigène » (sans exposition réelle, chez l'animal), tandis que l'EFSA intègre les usages réels (risque faible vs. vin rouge ou steak). Principe de précaution ? Oui, mais quel coût ? L'agriculture bio n'est pas toujours viable ni exempte de pesticides potentiellement cancérigènes. Interdire le glyphosate favoriserait d'autres herbicides synthétiques.
Quelques articles apportent perspective (ici, ici), mais ils passent inaperçus face à Terzake.
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