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Perte de densité osseuse en espace : les astronautes peinent à récupérer après des mois en orbite

Flotter en apesanteur semble idyllique, mais les effets sur le corps humain sont profonds. Une étude publiée le 30 juin dans Scientific Reports révèle que quelques mois dans l'espace entraînent chez les astronautes une perte de densité osseuse équivalente à celle accumulée par la plupart des humains en plusieurs décennies sur Terre. Plus alarmant encore : après un an au sol, de nombreux astronautes ne retrouvent pas entièrement leur masse osseuse initiale.

Le lien entre vols spatiaux et déminéralisation osseuse est étudié depuis longtemps. Une recherche NASA de 2007 estimait une perte de 2 à 9 % sur neuf mois en orbite. Une simulation de 2020 pour un voyage de trois ans vers Mars évaluait le risque d'ostéoporose à 33 % chez les équipages. Cette fragilisation squelettique accroît les risques de douleurs dorsales, fractures et perte de taille.

Cette ostéopathie résulte principalement de l'absence de gravité. Même avec des déplacements, l'apesanteur élimine la charge mécanique sur les os, simulant une immobilisation prolongée. « Même avec deux heures de sport quotidien, c'est comme être alité les 22 autres heures », explique Guillemette Gauquelin-Koch, responsable de la recherche médicale au CNES (agence spatiale française), dans une interview au Guardian. Sans certitude sur la récupération totale, ces découvertes menacent les ambitions martiennes pour 2030.

Cette étude teste la récupération osseuse post-vol. Des experts de la NASA et partenaires ont analysé les poignets et chevilles de 17 astronautes (surtout hommes) avant, pendant et après leur séjour sur la Station spatiale internationale (ISS). Un an après, neuf d'entre eux n'avaient pas regagné la densité tibiale initiale, avec des pertes équivalant à une décennie de vieillissement terrestre.

Les séjours les plus longs (4 à 7 mois) montrent la récupération la plus lente. Reste inconnue la limite de perte osseuse tolérable. « Cela va-t-il empirer indéfiniment ? Nous l'ignorons », note Steven Boyd, directeur de l'Institut McCaig pour la santé osseuse et articulaire à l'Université de Calgary, co-auteur de l'étude, au Guardian. « Peut-être atteindrons-nous un plateau, ou continuerons-nous à perdre de l'os, mais pas jusqu'à l'épuisement total. »

Bonne nouvelle : certains exercices surpassent les autres. Les deadlifts (soulevé de terre) sont plus efficaces que vélo ou course pour préserver la masse osseuse, suggérant des entraînements axés sur le bas du corps pour les missions longues.

Les astronautes athlétiques et quadragénaires semblent moins affectés. « Fatigue, vertiges et déséquilibre m'ont challengé au retour. Os et muscles récupèrent le plus lentement », témoigne Robert Thirsk, ex-astronaute canadien et ancien chancelier de l'Université de Calgary. « Mais dès le lendemain de l'atterrissage, je me sentais redevenu Terrien. »

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