FRFAM.COM >> Science >> Santé

Amour et deuil de la nature : des relations uniques selon les cultures du monde

Le message invitant à passer du temps dans la nature pour booster notre santé mentale est omniprésent : livres de développement personnel, blogs et même sites médicaux réputés. Pourtant, comme tant de données scientifiques, les informations sur le rôle de la nature dans le bien-être humain restent incomplètes.

Une nouvelle recherche, publiée la semaine dernière dans la revue Current Research in Environmental Sustainability, a analysé 174 études sur les bienfaits de la nature pour la santé mentale, parues entre 2010 et 2020. Résultat : 95 % d'entre elles ont été menées dans des pays à revenu élevé d'Amérique du Nord, d'Europe et d'Asie de l'Est. Les études dans les pays du Sud sont quasi absentes – seulement 4 % dans des pays à revenu intermédiaire, et aucune dans les pays à faible revenu. De plus, 62 % des études ne mentionnent pas l'origine ethnique des participants.

"Nous n'avons pas été extrêmement surpris", déclare Rachelle Gould, professeure à la Rubenstein School of Environment and Natural Resources de l'Université du Vermont et auteure principale de l'article. "Malheureusement, nous nous y attendions."

Ce biais dans la recherche sur la santé mentale est flagrant, car la majorité des gens vivent hors des régions WEIRD (occidentales, éduquées, industrialisées, riches et démocratiques). Or, de nombreuses conclusions "universelles" reposent sur des données issues de ces zones. Et nos relations avec la nature sont profondément influencées par nos cultures environnantes.

"Il est crucial de comprendre les nuances intangibles de l'impact de la nature sur nous", explique Gould. "Certains effets sont probablement universels, mais d'autres pourraient être culturellement spécifiques."

Les différences culturelles se manifestent dès la perception de la nature. Dans les traditions occidentales, elle évoque souvent forêts ou parcs. Pour d'autres, comme l'auteur principal Carlos Andres Gallegos-Riofrío, originaire d'Équateur, elle inclut les prairies d'altitude des Andes, vitales pour l'eau de millions de personnes. Ces paysages uniques contrastent avec la verdure typiquement associée à la "nature".

"On parle toujours de forêts et de parcs", note Gallegos-Riofrío. "C'est un signe de la domination culturelle occidentale dans ce domaine."

La vision de la nature par rapport à soi varie aussi selon l'éducation. Si une promenade au parc plaît à tous, pour certaines cultures non occidentales, notamment autochtones, la nature est familiale, voire une parenté profonde, souligne Gould.

"Je le vois chez les peuples autochtones avec Pachamama, Mère Nature", dit Gallegos-Riofrío. "En Équateur, c'est fondamental : Pachamama englobe tout, des champs à cultiver au territoire entier."

Cette recherche est d'autant plus pertinente face au changement climatique, qui frappe déjà les personnes de couleur et les pays pauvres. L'anxiété climatique, en plein essor, doit intégrer les facteurs culturels. Jusqu'ici, ce champ est majoritairement "blanc", selon Gould.

Gallegos-Riofrío observe des réactions variées : une communauté autochtone déplacée par une éruption volcanique préférait mourir sur place plutôt que d'abandonner sa terre.

"Les anciens disaient : 'C'est moi, ces espaces, ces animaux. Comment les laisser ?' C'était déchirant. Nous devons capturer ces émotions dans la recherche sur la nature et le bien-être", insiste-t-il.

Nos liens avec la nature évoluent, surtout avec le climat qui change. Comprendre les ressentis variés est essentiel : un paysage dévasté peut décourager, mais briser un lien millénaire.

"La nature booste notre bien-être mental, mais sa dégradation fait mal", conclut Gould. "Il faut autant étudier la diversité de cette douleur que des bienfaits."

[]