Vous vous perdez dans un défilement incessant sur les réseaux sociaux, fermez des applications pour les rouvrir aussitôt, ou saisissez un livre sans en retenir un mot ? Votre esprit bondit d'une tâche à l'autre sans en achever aucune ?
Si ces situations vous parlent, sachez que vous n'êtes pas seul. La pandémie prolongée a perturbé notre santé et notre bien-être, y compris notre capacité à nous concentrer. Bonne nouvelle : ces effets sont majoritairement réversibles.
De nombreux facteurs peuvent altérer votre attention, mais en dehors de conditions médicales préexistantes, deux coupables principaux émergent : le stress et l'anxiété.
« Lorsque nous subissons un stress intense ou chronique, notre cerveau passe en mode survie », explique Carmen Sandi, neuroscientifique à l'École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) en Suisse. Cette réaction évolutive priorise les zones vitales au détriment de la pensée critique et de l'attention sélective.
Toutefois, un stress modéré est bénéfique : « Pour performer, apprendre et être efficace, un peu de stress est plutôt bon », précise Sandi. La courbe de performance suit une forme de U inversé : au-delà d'un seuil, l'excès de stress limite les processus cognitifs complexes. Facteurs comme la parentalité, les problèmes de santé ou les crises mondiales (pandémie, inflation, géopolitique) aggravent ce phénomène.
Les personnes souffrant de Covid long rapportent souvent des troubles de concentration, et les stress sociétaux incontrôlables compliquent la récupération. Pourtant, des actions concrètes sont possibles.
Face aux stress systémiques, adoptez des stratégies ciblées pour restaurer attention et mémoire de travail.
Première étape : évaluez votre état. « La quantité de stress ressentie et celle subie par le corps diffèrent », note Shishir Baliyan, doctorant en psychobiologie à l'Universidad Nacional de Educación a Distancia (UNED) en Espagne. Distinguez stress physiologique (hormones) et psychologique (perception).
Interrogez-vous : votre mémoire décline-t-elle ? Depuis quand ? Coïncide-t-elle avec des stress récents ? La conscience est clé pour agir.
La mémoire s'améliore avec la pratique, mais patience requise. « La mémoire et la mémoire de travail nécessitent de la pratique. On peut les entraîner », affirme Sandi. Évitez le cercle vicieux du découragement.
La pleine conscience (méditation) aide au contrôle attentionnel ; jeux cérébraux et exercices montrent des résultats mitigés, mais le consensus confirme la plasticité cognitive via la discipline.
Une étude du Journal of Social and Clinical Psychology révèle que un meilleur contrôle attentionnel réduit dépression et anxiété en début de pandémie.
Adoptez aussi des astuces : notes, rappels, technique Pomodoro pour contourner les limites sans surcharger votre cerveau.
Le soutien social est essentiel, souligne Baliyan : « La solitude impacte le bien-être et le fonctionnement cognitif ; les liens forts préservent la cognition. » Elle prédit même la progression d'Alzheimer.
« Processus émotionnels et cognitifs sont liés », ajoute-t-il. Un blocage émotionnel signale souvent un déficit cognitif, et inversement.
Famille et amis allègent votre charge (garde d'enfants, repas) et offrent un soutien émotionnel boostant la résilience.
Restaurer attention et mémoire demande temps et persévérance, surtout sans allègement des stress externes. Mais votre cerveau est plastique : discipline et patience permettront de rebondir.