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Psychose post-COVID : un phénomène rare mais profondément perturbant

Sarah Hellewell est chercheuse à la Faculté des sciences de la santé et à l’Institut Perron des sciences neurologiques et translationnelles de l’Université Curtin. Cet article a été initialement publié sur The Conversation.

Loin d’être limitée à une simple maladie respiratoire, l’infection au COVID-19 peut affecter presque toutes les parties du corps, y compris le cerveau. Chez un petit nombre de personnes, elle s’accompagne d’un épisode de psychose post-COVID, une rupture avec la réalité qui peut s’avérer terrifiante pour le patient et son entourage.

La psychose se caractérise par des pensées confuses, des délires et des hallucinations. Les personnes touchées peinent à distinguer le réel de l’imaginaire. Elle survient par « épisodes » pouvant durer de quelques jours à plusieurs semaines. Depuis le début de la pandémie, des cas de psychose post-COVID ont été rapportés dans le monde entier.

Contrairement à la psychose associée à d’autres troubles comme la schizophrénie (premier épisode souvent chez les adolescents ou jeunes adultes) ou la démence (chez les personnes âgées), la psychose post-COVID touche principalement des adultes dans la trentaine, quarantaine ou cinquantaine, sans antécédents familiaux. Les patients en ont souvent conscience et reconnaissent que leur état mental a changé de manière anormale.

Caractéristiques communes

D’après les rares rapports disponibles, l’apparition de la psychose survient des jours, semaines ou mois après le diagnostic de COVID. Bien que les symptômes varient, des points communs émergent : troubles du sommeil, délires paranoïaques, hallucinations, et parfois des idées suicidaires ou homicides.

Les preuves reposent principalement sur des « rapports de cas », décrivant les symptômes et la guérison de patients individuels.

Dans le cas le plus médiatisé, une Américaine de 36 ans a développé une psychose quatre jours après des symptômes légers de COVID. Délirante, elle croyait que son partenaire tentait d’enlever ses enfants et qu’elle était suivie via son téléphone. Après une tentative désespérée de les protéger au drive d’un fast-food, elle a été hospitalisée. Une semaine de traitement a suffi pour son rétablissement complet.

Un Bulgare de 43 ans, sorti d’hospitalisation pour COVID grave, a sombré dans la psychose deux jours plus tard. Il pensait que les médecins falsifiaient ses résultats, qu’il était mort et que ses organes pourrissaient. Convaincu de devoir « épargner » sa famille, il est devenu dangereux. Deux semaines d’hospitalisation ont résolu ses symptômes.

D’autres cas rapportent des délires sur des « acteurs » à l’hôpital, des voix en langues étrangères ou des missions grandioses comme « sauver la Terre ».

Changements dans le cerveau

Les causes exactes restent méconnues. Une inflammation cérébrale persistante, des signaux inflammatoires corporels prolongés ou des altérations vasculaires pourraient être en jeu.

Des études récentes montrent que les régions affectées par un COVID léger – cortex orbitofrontal et gyrus parahippocampique – sont aussi impliquées dans les premiers épisodes psychotiques non liés au virus. Ces zones peuvent rétrécir dans les deux contextes, mais des recherches supplémentaires s’imposent.

Pas la première fois

Le COVID n’est pas le seul virus lié à la psychose. Lors de la grippe espagnole de 1918, des cas post-viraux ont été documentés. Des psychoses ont suivi des infections à SRAS ou MERS, suggérant un rôle des coronavirus via l’activation immunitaire.

La fréquence est faible : environ 0,25 % des cas non hospitalisés (infections bénignes) et 0,89 % des hospitalisés. Avec des milliards d’infections mondiales, ces cas isolés attirent l’attention, amplifiés par les réseaux sociaux.

Malgré ce faible risque, vigilance s’impose après un COVID : changements soudains de personnalité, paranoïa ou délires dans les jours, semaines ou mois suivants. Une aide médicale rapide est cruciale. La plupart des cas se résolvent vite avec un traitement psychiatrique adapté et médicamenteux.

Si vous ou un proche êtes en crise, appelez la National Suicide Prevention Lifeline au 1-800-273-TALK (8255), ou contactez la Crisis Text Line en envoyant HOME au 741741.

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