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SRAS : quelle est l'origine de ce virus mystérieux ?

SRAS : quelle est l origine de ce virus mystérieux ?

En avril 2003, des scientifiques canadiens ont séquencé le génome du virus du SRAS et découvert un coronavirus inédit, jamais observé chez l'humain ou l'animal. « Sur son génome, on observe une longue étendue de nucléotides, suivie d'un gros fragment saillant », explique le microbiologiste de l'Université de Hong Kong, Malik Peiris, qui a le premier lié le SRAS à un nouveau coronavirus. « Aucune trace d'anticorps n'a été trouvée dans les échantillons sanguins humains antérieurs ».

Huit mois après le premier cas diagnostiqué chez un marchand d'oiseaux et de serpents à Shunde, en Chine, l'origine exacte du virus SRAS restait inconnue. Les chercheurs se concentrent toutefois sur les animaux du sud de la Chine, où humains et bêtes cohabitent étroitement.

Le virologue Michael Lai, de l'Université de Southern California, note que le génome du SRAS ressemble à celui de virus affectant les souris et les oiseaux, suggérant une origine chez un animal sauvage, probablement un oiseau. « Il n'a franchi la barrière des espèces que récemment, au contact humain », précise-t-il.

En théorie, le SRAS a sauté d'une bête sauvage à l'homme en acquérant les « clés » moléculaires pour infecter nos cellules. Cela pourrait résulter d'un mélange génétique avec un virus humain, dans un hôte intermédiaire comme un porc co-infecté, favorisant l'échange de gènes.

Une expérience récente de Peter Rottier, de l'Université d'Utrecht (Pays-Bas), illustre cette capacité des coronavirus : en combinant un coronavirus mortel pour chats avec un fragment de gène de virus murin, le virus recombinant s'est avéré létal pour les deux espèces. « Les coronavirus ont une aptitude unique à se recombiner », souligne Lai.

Parallèlement, des laboratoires à Lyon et Winnipeg testent le virus sur singes, chiens, chats, souris et lapins, bientôt chèvres et moutons. « Nous évaluons sensibilité, réplication, excrétion et réponse immunitaire », explique Klaus Stohr, expert SRAS du Réseau mondial de la grippe animale de l'OMS.

Ces données guideront les enquêtes sur le terrain dans le sud de la Chine pour identifier les réservoirs animaux. L'OMS surveille déjà les virus grippaux de la région, origine de pandémies comme celles de 1957, 1968 (1,5 million de morts), 1997 et peut-être 1918 (20 millions de morts). Un système similaire se met en place pour les coronavirus, afin d'anticiper de futures émergences. « Vaincre le SRAS actuel ne suffit pas si un réservoir animal le relance », avertit Stohr.

EN CHIFFRES

Où le SRAS a le plus frappé
Nombre de décès par zone* (au 14 mai 2003)

Région Décès
Chine 267
Hong Kong 227
Taïwan 30
Singapour 28
Canada 23
Vietnam 5
Malaisie 2
Philippines 2
Thaïlande 2
Afrique du Sud 1
États-Unis 0

Source : OMS

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