Plusieurs théories tentent d'expliquer l'origine du déjà-vu, mais les scientifiques n'ont pas encore identifié la bonne, faute de recherches approfondies. Ce phénomène est difficile à reproduire en laboratoire : il est impossible de provoquer spontanément une impression de déjà-vu chez les sujets. De plus, la plupart des gens le vivent comme une expérience curieuse et inoffensive, rendant les études moins prioritaires.
Des phénomènes similaires, comme l'effet de fausse renommée, peuvent être étudiés en laboratoire. On demande à des volontaires d'effectuer une tâche avec des visages sans en souligner l'importance. Plus tard, on leur présente ces visages mêlés à de nouveaux, en précisant qu'il y a des célébrités parmi eux. Les sujets reconnaissent souvent les visages familiers comme célèbres, sans pouvoir en dire plus. Ce sentiment de familiarité sans souvenirs associés ressemble au déjà-vu et pourrait éclairer sa mécanique.
Dans le cerveau, un déjà-vu ou un effet de fausse renommée pourrait résulter d'un dysfonctionnement entre l'hippocampe et le cortex périrhinal. L'hippocampe forme les traces de mémoire, tandis que le cortex périrhinal signale la familiarité lors de la reconnaissance. Si ce dernier s'active sans que l'hippocampe ne retrouve d'informations associées, un conflit surgit, provoquant le déjà-vu.
Votre cerveau envoie le signal « Je connais ça », mais aucune trace de mémoire n'est retrouvée.
Le déjà-vu pourrait aussi provenir d'un bref dysfonctionnement du cortex préfrontal, qui filtre normalement les souvenirs issus de l'hippocampe. Par exemple, quand on cherche un nom d'acteur, plusieurs émergent avant le bon. Chez les personnes lésées au cortex préfrontal, ce filtre fait défaut. Lors d'un déjà-vu, l'hippocampe pourrait générer des activations erronées échappant à ce contrôle.
Les psychologues étudient d'autres illusions mémorielles, comme présenter des mots liés au sommeil (lit, nuit, oreiller) sans le mot « dormir ». Plus tard, les sujets croient l'avoir vu. Bien que distinct, ce type de recherche pourrait révéler des mécanismes communs au déjà-vu.
Jaap Murre est professeur de mémoire à l'Université d'Amsterdam. Ses travaux portent sur les modèles cognitifs de l'apprentissage et de la mémoire. La journaliste scientifique Anouk Bercht a recueilli ses réponses.
Dans cette rubrique, un expert répond à une question de l'agenda scientifique flamand.
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