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Nand Peeters, pionnier flamand de la pilule contraceptive : pourquoi ce silence après son invention révolutionnaire ?

En 1968, lorsque le pape Paul VI interdit la pilule, le gynécologue flamand Nand Peeters met fin à ses recherches sur la contraception orale. Pourtant, en 1960, il avait développé la première pilule efficace au monde. Il ne parlerait plus jamais de cet exploit, par crainte des représailles.

Nand Peeters, pionnier flamand de la pilule contraceptive : pourquoi ce silence après son invention révolutionnaire ?

La pilule du gynécologue de Turnhout, Ferdinand Peeters, a été élue meilleure invention belge sur Radio 1. À cette occasion, nous publions l'histoire complète de cet homme et de son œuvre, issue d'Eos Memo.

Fin abrupte des recherches après l'interdiction papale

En avril 1995, une lettre d'Allemagne arrive chez Nand Peeters à Turnhout. Âgé de 77 ans et diminué par une hémorragie cérébrale, c'est son fils aîné, Marc Peeters, qui la lit. Écrite en allemand d'une main tremblante, elle émane d'une vieille connaissance : « Très honoré Dr Peeters, cela fait longtemps que nous ne nous sommes pas vus. J'espère que vous allez bien et profitez de votre retraite. »

Werner Dietrich, ancien chercheur principal chez Schering à Berlin, annonce une exposition au Musée de l'Hygiène de Dresde pour le 35e anniversaire d'Anovlar, la première pilule contraceptive universellement utilisable, soulignant « votre contribution décisive ».

En tant que gynécologue, Nand Peeters s'inquiétait de l'égoïsme des hommes qui rendaient leurs femmes enceintes pour la énième fois.

« Je connaissais Anovlar, mais rien de plus », se souvient Marc Peeters. « Père était gynécologue à Turnhout de 1946 à 1988, avec de nombreuses publications scientifiques. Mais nous ignorions sa contribution pionnière à la pilule. Il ne nous en avait jamais parlé. »

En juin 1996, lors de l'exposition Die Pille. Von der Lust und von der Liebe, la famille découvre toute l'histoire via le catalogue. Conclusion irréfutable : les essais cliniques de Ferdinand Peeters en 1959-1960 ont mené à la première pilule contraceptive efficace. Si performante que Gregory Pincus, le « père de la pilule », a adapté son Enovid à la formule d'Anovlar. Nand Peeters en est ainsi le « beau-père » de cette découverte majeure.

Profondément religieux et engagé socialement

Docteur Ferdinand « Nand » Peeters (1918-1998) s'installe à Turnhout dans les années 1940 et dirige le service gynécologique de l'hôpital Saint-Élisabeth dès 1951. Dans cette institution catholique, la liberté éthique est limitée. Religieux fervent, impliqué dans les associations locales, l'église et l'éducation, Peeters affronte pourtant la réalité des familles : accouchements à risque dans les fermes, inceste, enfants handicapés et avortements clandestins.

Dans un magazine catholique, Peeters vante la pilule non comme contraceptif, mais comme régulateur du cycle menstruel.

Sœur Aleydis, sage-femme collaboratrice, se souvient de sa colère face à l'égoïsme masculin : lors d'un accouchement périlleux, il lance au mari : « Et maintenant, tu vas la remettre enceinte ? Autant t'en débarrasser tout de suite. »

Attentif aux avancées, Peeters suit les travaux de Pincus dès les années 1950. Enovid (1956) est trop dosé, causant nausées et vertiges. Schering modifie le northisterone en Primolut N, utilisé à Turnhout comme contraceptif officieux.

La collaboration avec Schering

À Berlin, Schering hésite face à Enovid, utilisée massivement comme contraceptif malgré son indication officielle. Le 6 mai 1959, le Dr Frenay visite Peeters, qui partage ses expériences avec Primolut N pour inhiber l'ovulation, « à l'imitation de Pincus ».

Malgré des doutes, Dietrich fournit des échantillons de SH 513 pour « troubles menstruels », et tacitement pour contraception. Avec le biologiste Marcel Van Roy et le Dr Raymond Oeyen, Peeters teste sur 50 femmes de Turnhout entre juin 1959 et janvier 1960.

La combinaison gagnante : 4 mg de SH 513 et 50-60 µg d'éthinylestradiol. Résultats parfaits : cycles régulés, zéro grossesse, effets secondaires minimes.

Les « cobayes » de Turnhout

En janvier 1960, visite à Berlin : impression générale. Schering soutient pleinement et produit SH 639 (Anovlar). Tests élargis confirment l'efficacité.

Tests mondiaux valident : cycles « précis comme une horloge » selon Eleanor Mears. Commercialisée en Australie (1961) puis Allemagne, Anovlar conquiert le monde. Pincus ajuste Enovid en conséquence.

Nand Peeters, pionnier flamand de la pilule contraceptive : pourquoi ce silence après son invention révolutionnaire ?

Conflit avec l'Église

Peeters concilie science et foi : Anovlar régule le cycle pour une abstinence périodique efficace. Publié dans Sint-Lucasblad (1962), il prône une « fécondité généreuse mais responsable ».

Accueilli par Jean XXIII (1963), il parle au Congrès des médecins catholiques (1964). Vatican II semble ouvert. Mais Humanae Vitae (1968) interdit toute contraception artificielle.

Peeters stoppe tout, craignant pour son poste dans l'hôpital catholique. Autocensure pragmatique.

Héritage sous-estimé

Sa contribution reste méconnue en Flandre, éclipsée par des collaborations belges. Malgré publications scientifiques (EJCRH, 2012), pas de reconnaissance officielle.

Épilogue

Nand Peeters (décédé en 1998) a révolutionné la contraception. Son silence post-1968 l'a relégué dans l'ombre, mais les faits persistent. Source : Eos Memo 2013, n°7.

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