Une analyse éclairante provient du professeur de Harvard John Ioannidis et de deux collègues italiens, publiée dans le New England Journal of Medicine à partir du 7 avril. Ils identifient cinq raisons principales expliquant le lourd bilan italien.
L'Italie possède la population la plus âgée d'Europe et la deuxième au monde après le Japon. Près de 23 % des Italiens ont plus de 65 ans, contre 16 % aux États-Unis. L'âge moyen des décès dus au COVID-19 est de 80 ans, et la quasi-totalité des victimes présentait au moins une comorbidité, souvent une maladie pulmonaire chronique liée à une forte tradition tabagique.
À Vo (province de Padoue), où le premier cas officiel italien a été détecté fin février, 3 % des 3 300 habitants testés étaient positifs. Les auteurs suspectent une contamination massive lors du match de Ligue des champions Atalanta Bergame-Valence le 19 février à San Siro (Milan), suivi de 40 000 supporters bergamasques (1 habitant sur 3). Les effusions physiques italiennes ont ensuite surchargé les services de santé.
Malgré des infrastructures comparables à celles de la Belgique dans le Nord de l'Italie, le nombre de lits en soins intensifs reste faible (8,4 pour 100 000 habitants, contre 20 en Belgique). L'épidémie de COVID-19 a coïncidé avec la grippe saisonnière, saturant les lits avec des cas bénins. L'arrivée de patients graves a provoqué le chaos, avec un taux d'infection élevé du personnel soignant (9 % en Lombardie), favorisant la propagation nosocomiale.
Dans un pays décentralisé comme l'Italie, la coordination a été ralentie : trois jours entre le premier cas et les mesures nationales. Conseils des auteurs : éviter les hôpitaux pour les symptômes légers, prioriser les cas graves, et équiper rigoureusement le personnel pour limiter les infections.
Un hiver doux a réduit la mortalité hivernale habituelle, laissant plus de personnes vulnérables. Certains décès COVID-19 pourraient masquer des morts non liées au virus.
L'incidence réelle du COVID-19 reste inconnue sans tests anticorps massifs. Difficile d'évaluer l'impact du confinement. Les pays axés sur le traçage et les tests précoces (Corée du Sud, Taïwan) réussissent mieux que ceux qui testent peu (Italie, Belgique). Une évaluation approfondie des stratégies est essentielle pour la prochaine pandémie : "Soyez prêts".
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