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Rivières préhistoriques enfouies sous Zeebrugge et Ostende : la traque des chercheurs de l'Université de Gand

Il y a des centaines de milliers d'années, des rivières d'eau douce serpentaient sous les emplacements actuels d'Ostende et de Zeebrugge. Des experts de l'Université de Gand traquent leurs vestiges à l'aide d'ondes sonores.

Rivières préhistoriques enfouies sous Zeebrugge et Ostende : la traque des chercheurs de l Université de Gand

La semaine dernière, des chercheurs de l'Université de Gand ont sondé les fonds marins de la mer du Nord à la recherche de paysages préhistoriques. Ils utilisent des ondes sonores pour cartographier les strates sédimentaires sous la mer. Près des côtes, du gaz issu de résidus organiques anciens dans les couches de tourbe perturbe les images acoustiques. Pour surmonter cela, l'équipe a testé de nouvelles techniques de mesure. Exceptionnellement, jeudi dernier, deux navires ont procédé à des relevés simultanés dans la zone. Les résultats seront analysés dans les prochains mois.

Ces investigations s'inscrivent dans le projet de recherche à long terme Search (www.sea-arch.be), dédié à la protection du patrimoine marin méconnu au large de nos côtes. Au cours des 5 000 dernières années, notre zone côtière – qui n'a reculé que de 5 à 10 km, un faible déplacement à l'échelle géologique – a été continuellement habitée, laissant des traces archéologiques. Plus fascinants encore sont les vestiges d'époques plus anciennes, lorsque la mer du Nord était en grande partie émergée. Les occupations humaines se concentraient alors le long des rivières d'eau douce, dont les lits affleurent encore sous le fond marin. L'équipe Search a déjà cartographié en détail une rivière antique sous Ostende, et début avril, les recherches se sont focalisées sur une ancienne vallée fluviale sous Zeebrugge. Ces sites pourraient recéler des artefacts archéologiques précieux.

Dans les pays voisins – Grande-Bretagne, Allemagne et Pays-Bas, où une législation sur le patrimoine marin existe déjà –, de nombreuses découvertes ont été réalisées en mer : os de mammifères, outils en pierre, voire restes humains. Jusqu'ici, la plupart étaient fortuites, comme des résidus dans les filets de pêche ou remontés lors de dragages, explique la géophysicienne marine Tine Missiaen, experte reconnue.

Depuis l'entrée en vigueur mi-2023 en Belgique d'une loi protégeant le patrimoine culturel subaquatique, des recherches systématiques sont possibles. L'équipe Search vise à formuler en 2024 des recommandations pour l'industrie maritime, afin d'évaluer efficacement les paléopaysages et patrimoines enfouis, minimisant ainsi les dommages. Parallèlement, elle œuvre à la sensibilisation : en informant les acteurs maritimes de la richesse de ce patrimoine préhistorique sous-marin, elle encourage leur vigilance et leur implication dans sa préservation, souligne Tine Missiaen.


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