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1968 : l’année des martyrs – Kennedy, Che Guevara et Martin Luther King

Il y a cinquante ans, le 6 juin 1968, Bobby Kennedy était assassiné. Huit mois après Che Guevara et huit semaines après Martin Luther King. Ces figures sont devenues des martyrs qui fascinent et inspirent encore aujourd’hui. Pourquoi ?

Progressivement, Bobby Kennedy s’est effacé de l’histoire, et avec lui de notre mémoire collective. Les circonstances de son assassinat – par le Palestinien jordanien Sirhan Sirhan dans la cuisine de l’hôtel Ambassador à Los Angeles, après un meeting électoral – restent entourées de mystère. Les motifs exacts n’ont jamais été pleinement élucidés, et les théories du complot ont perdu de leur vigueur.

1968 : l’année des martyrs – Kennedy, Che Guevara et Martin Luther King

Qui se souvient encore de la dimension profondément humaine de cette tragédie ? Bobby était pressenti pour succéder à son frère John à la présidence. Sa femme Ethel avait donné naissance peu auparavant à leur onzième enfant, Rory Elizabeth Katherine, qui deviendrait le deuxième bébé Kennedy né à la Maison Blanche après John Jr. en 1961.

Les décennies ont estompé ces souvenirs. Pourtant, début 2019, Joseph Patrick Kennedy III, petit-fils de Bobby et petit-neveu de JFK, a répondu au discours de Trump sur l’état de l’Union : « L’idée américaine la plus élevée est que nous sommes tous égaux. Aujourd’hui, cette promesse est rompue. » Surnommé « Joe Three Sticks », il a ravivé l’aura de la dynastie Kennedy.

Un discours modeste d’un sénateur peu connu, mais le nom Kennedy suffit à enflammer l’imaginaire mondial. Le pouvoir symbolique de cette famille politique reste inégalé.

Che Guevara : icône de gauche comme de droite

Contrairement aux Kennedy, Che Guevara n’a jamais disparu. Une recherche Google révèle un merchandising abondant : t-shirts, sacs, casquettes, même glaces au rhum. Sur les forums et réseaux sociaux, il inspire encore les jeunes militants.

Quelle est la force de Che comme icône de la contestation ? D’abord l’exotisme. Les historiens s’accordent : les luttes anti-impérialistes en Amérique latine fascinent plus que les combats locaux contre le chômage. En 1968, les jeunes, rebelles comme jamais, idolâtrent aussi Ho Chi Minh ou Patrice Lumumba. Mais aucun ne rivalise avec Che.

1968 : l’année des martyrs – Kennedy, Che Guevara et Martin Luther King

À Louvain en 1966, Kris Merckx (futur leader du PVDA) fut marqué par les contacts avec des étudiants latino-américains, éveillant la sympathie pour Che. Jef Dauwe, président du KVHV, nota : « Soudain, nous étions les droitiers parce que sans affiche de Che dans nos chambres. » Cette photo iconique d’Alberto Korda, exposée en janvier 1968 à La Havane, forge l’image éternelle du rebelle confiant.

Sincèrement préoccupé

Remarquable : à 39 ans, Che est vu comme un jeune éternel. Mort avant que son héritage ne soit terni, contrairement à Castro ou Mao. L’historien Gerard DeGroot (Université de St Andrews) explique : « Comme JFK, Lumumba ou Jim Morrison, il reste jeune, beau et mort. » Mais au-delà, son marxisme pragmatique, son action et son empathie pour les opprimés séduisent. Il partageait les sacrifices de ses partisans.

1968 : l’année des martyrs – Kennedy, Che Guevara et Martin Luther King

Popularisé par Régis Debray, Che offre une alternative romantique au communisme soviétique. Son idée d’un « foyer » révolutionnaire mené par des élites éclairées attire les étudiants occidentaux : quelques militants peuvent changer le monde. Pourtant, son image promet une rébellion sans souffrance.

Rébellion sans souffrance

DeGroot note : « Cette photo emblématique incarne une rébellion sans douleur. Un fantasme où le beau visage suffit, occultant les réalités sombres de Castro ou du Che réel. »

Panthères noires et impact télévisuel

Martin Luther King incarne la non-violence et les droits civiques. Mais son assassinat le 4 avril 1968 par James Earl Ray à Memphis a figé cette image. Son autorité déclinait face aux Black Panthers (fondés en 1966) et Malcolm X.

En 1968, la télévision façonne l’opinion. The Washington Post révèle des provocations pour des images choc. À Washington, la présence des caméras suffit à enflammer les émeutes : « Vous avez tué Martin Luther King ! » crié à la caméra.

Une question de décibels

La TV, encore novice, privilégie le drame. Daniel Schorr (CBS) confesse : « Tout devient une question de décibels. » King se plaignait que la violence noire éclipse sa non-violence. « Pensez-vous à votre responsabilité ? » demanda-t-il à Schorr.

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