Beaucoup d'eau sale continuera de s'écouler vers la mer avant que nos rivières, canaux et lacs ne retrouvent pleinement leur propreté, mais des signes d'espoir émergent çà et là.

Beaucoup d'eau sale s'écoulera encore vers la mer avant que nos rivières, canaux et lacs ne soient à nouveau propres, mais des signes d'espoir se profilent à l'horizon.
Dans les années 1960 et 1970, la Flandre rejetait la plupart de ses eaux usées non traitées directement dans les eaux de surface. Certaines communes du plateau campinois, cependant, anticipaient la réglementation en construisant des stations d'épuration dès cette époque. Des ingénieurs de l'Institut Provincial d'Hygiène (PIH) ont sensibilisé les maires locaux à l'importance de l'eau potable. L'absence d'industries polluantes et la présence de vastes zones naturelles et domaines militaires ont préservé la propreté relative des parties supérieures de la Grote Nete et de la Kleine Nete.
Plus en aval, sur la Grote Nete, les rejets domestiques non traités et les effluents de Tessenderlo Chemie ont freiné les avancées. « Au-delà de l'embouchure du Laak, où l'entreprise rejette encore partiellement ses eaux usées, tout était mort », témoigne Johan Coeck de l'Institut de recherche nature et forêt (INBO). Aujourd'hui, la Grote Nete figure parmi les rivières flamandes les plus propres de sa catégorie, avec le retour d'espèces de poissons rares, prouvant qu'une eau potable est envisageable même en Flandre densément peuplée.
Les pêcheurs capturent... des poissons !
La Grote Nete se distingue par plusieurs aspects. La modification des déversoirs pour faciliter la migration des poissons a permis à des espèces marines de remonter via un Escaut et un Rupel assainis. En 2003, la capture de plies a marqué un tournant.
Dans le haut cours, des populations de lamproies de Planer ont survécu. Avec l'amélioration de la qualité, elles migrent plus bas, rejoints par la barbotte et la petite loche venues de la Kleine Nete.
La vallée de la Grote Nete a gagné en valeur naturelle grâce à un projet LIFE financé par l'Europe à hauteur de 1,5 million d'euros, mené par Natuurpunt et achevé au printemps. Des forêts marécageuses et prairies ont été restaurées, l'eau a gagné en espace avec des digues de limon excavées et un canal latéral sinueux. Cette zone inondable protège des crues aval, purifie l'eau et abrite des espèces comme la lamproie de Planer.
Pour Alain Vandelannoote, coordinateur environnemental chez Aquafin, la Grote Nete démontre qu'une bonne qualité écologique est atteignable sur de grandes rivières flamandes. « La qualité de l'eau s'améliore depuis les années 1990, et ce modèle est reproductible ailleurs », affirme-t-il, bien que certains redoutent une médiocrité généralisée.
Modérément rose
L'évolution du Belgian Biotic Index (BBI), basé sur la diversité des invertébrés aquatiques, montre une hausse des sites bons ou très bons depuis 1990, au détriment des mauvais. Pourtant, la majorité reste modérée.
Le BBI offre un tableau optimiste, mais la directive-cadre européenne sur l'eau impose une évaluation plus stricte ('one out, all out'), intégrant poissons, plantes, plancton et algues. Aucune rivière flamande n'atteint le 'bon état' européen.
Bart Van Besien, porte-parole de la VMM, tempère : « Répéter le succès de la Grote Nete est ardu dans une Flandre industrialisée et agricole intensive. » La directive de 1991 sur les eaux résiduaires urbaines a boosté Aquafin : de 28 % de traitement en 1990 à 80 % aujourd'hui, contre 91-96 % chez les voisins. L'objectif : 98 %, avec purification décentralisée pour le reste.
L'urbanisme flamand complique les raccordements. Aquafin a construit 166 stations supplémentaires et rénové les anciennes, connectant 2-3 % de population par an. Les progrès sont graduels mais réels sur 20 ans.
Adieu aux eaux pluviales dans les égouts
Des avancées notables touchent la Senne et l'Escaut. Cela requiert infrastructures renforcées, entretien et gestion des déversoirs lors de pluies intenses. Wim Van Gils (Natuurpunt) insiste : retenir les eaux pluviales hors égouts évite les pics polluants.
Les systèmes mixtes dominent ; Aquafin corrige les erreurs flagrantes. Les systèmes séparés ne sont pas parfaits : eaux pluviales polluées par métaux lourds. La solution : infiltration en surface.
Moins de béton
Nitrates, phosphates et pesticides agricoles polluent via ruissellement et nappes. Au Limbourg, bandes tampons et barrages réduisent l'érosion (400 000 tonnes/an en Flandre ; -70 % à Saint-Trond).
Les pollutions résiduelles persistent : sols saturés, sédiments. La VMM priorise les sites critiques depuis 2009.
L'Europe exige aussi de la biodiversité : restaurer plaines inondables et méandres contre les digues bétonnées. Peter Goethals (UGent) souligne leur rôle pour la vie aquatique et les crues amplifiées par le climat.
Le réchauffement complique : étés secs = concentrations polluantes accrues (Patrick Meire, UAntwerpen).
Mieux, mais pas encore bon
En Flandre, les cours d'eau revivent progressivement. Exemples :
• Senne : oxygène en hausse post-2007 ; BBI modéré en périphérie bruxelloise, médiocre en ville. Poissons pionniers remontent, mais canalisation limite (VMM).
• Haut-Escaut : +O₂, -nitrates/phosphates ; besoin d'assainissement sédiments.
• Escaut zélandais : 32 espèces poissons en 2010 (INBO), mais absences clés.
• Rupel : qualité et diversité en progression, espèces manquantes.
Cet article est paru dans Eos, juillet 2012.