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L'abandon de la correction pour supposition ne rend pas les QCM plus équitables : analyse de chercheurs de l'UGent

Remplacer la correction pour supposition par une standardisation ne rend pas les examens à choix multiples (QCM) plus justes, selon les calculs du doctorant Thomas Demoor et du professeur Joris Walraevens, du département de Télécommunications et de Traitement de l'information de l'Université de Gand, publiés sur le site d'Eos.

L abandon de la correction pour supposition ne rend pas les QCM plus équitables : analyse de chercheurs de l UGent

Remplacer la correction pour supposition – où des points sont déduits pour les mauvaises réponses – par la "standardisation", où l'on ne perd plus de points en cas d'erreur, ne rend pas les QCM plus équitables. Thomas Demoor et Joris Walraevens de l'UGent l'ont démontré mathématiquement, avec explications détaillées.

À partir de la prochaine année universitaire, l'Université de Gand supprime la correction pour supposition dans les QCM. Traditionnellement, cette méthode pénalisait les réponses erronées pour compenser les réponses correctes obtenues par pur hasard. Elle sera remplacée par la "standardisation" : plus de pénalité pour les erreurs, mais un seuil plus élevé de bonnes réponses pour réussir (plus de la moitié). Cette approche vise à rendre les examens plus équitables, en évitant de pénaliser les étudiants prudents. Cependant, elle introduit des injustices.

La standardisation force tous les étudiants à deviner sur les questions inconnues (laisser blanc n'a plus de sens) et ajuste les notes en fonction d'un gain attendu moyen. Or, la chance réelle varie, augmentant l'aléatoire. Nos calculs montrent une variabilité accrue des notes finales pour des performances réelles équivalentes. Pour un QCM de 20 questions à 4 options, 53 % des étudiants certains de 10 réponses échouent malgré tout, car ils devinent mal les 10 restantes (besoin de 3 bonnes au hasard). Même 30 % de ceux certains de 11 et 10 % de 12 échouent.

Le hasard influence fortement les résultats

Un atout de la standardisation : sa simplicité. Pas de déduction pour erreurs, mais seuil plus haut (ex. : 12/20 bonnes pour 10/20). Le seuil est calibré pour égaler la probabilité de réussite par pur hasard avec l'ancienne méthode.

Les simulations de l'UGent supposaient que les étudiants répondaient toujours, même sous correction pour supposition. Nous montrons que sans cette hypothèse irréaliste, la standardisation présente des failles.

Problème clé : elle oblige à deviner, supprimant le choix de laisser blanc. Avec correction, l'étudiant répond d'abord aux certitudes, puis décide. Avec standardisation, il mise tout, avec risque de déception.

Vous maîtrisez la moitié des réponses, mais échouez quand même ?

Notation : N questions, n options, seuil c bonnes. z = certitudes correctes ; p = points finaux.

Considérons un étudiant avec z < c : il doit deviner N-z questions et obtenir au moins c-z bonnes. Probabilité d'échec :

L abandon de la correction pour supposition ne rend pas les QCM plus équitables : analyse de chercheurs de l UGent

Tableau 1 (N=20) : probabilités d'échec arrondies. Lignes : n ; Colonnes : z. * = z ≥ c (réussite assurée). Double ligne : seuil pour réussite sans devinette sous ancienne méthode (z=10).

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Exemples : n=5, z=11 → 13 % d'échec ; z=10 → 38 %. Pour z=9 → 62 %. Avec n=4 (seuil=13), 53 % des z=10 échouent.

Tableau 2 (N=40) confirme : ex. n=5, z=23 → 2 % d'échec ; z=20 → 41 %.

L abandon de la correction pour supposition ne rend pas les QCM plus équitables : analyse de chercheurs de l UGent

En résumé, sous correction, z ≥ moitié assure la réussite sans devinette. Sous standardisation, le pari obligatoire rend l'issue incertaine.

L'ordre des notes hautes est aussi aléatoire

Pour z=13 (n=5, N=20), gain attendu=1,4 sur 7 devinettes. Mais un peut en avoir 4 bonnes, l'autre 1 : notes finales très différentes, inversant le classement. Plus de paris = plus d'aléatoire.

Notes relatives et exclusions

Les simulations UGent supposent devinettes aléatoires. En pratique, exclure options réduit l'aléatoire (bénéfice positif sous correction). Mais il persiste.

La standardisation protège les prudents, mais force le pari généralisé, augmentant l'injustice aléatoire. Les QCM comportent toujours du hasard ; la standardisation l'amplifie.

Cet article est paru dans Eos Weekblad. Téléchargez l'app Eos (iOS/Android) pour les numéros gratuits et abonnements (Eos Magazine, Psyche&Brain, Eos Memo).


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