Les nanoparticules sont omniprésentes dans les produits de consommation courante, mais les études sur leur toxicité en sont encore à leurs débuts. Faut-il pour autant les bannir ?

Quel impact ont les nanoparticules sur les cellules pulmonaires humaines ? Des chercheurs de l’Université des sciences et technologies du Missouri ont étudié ce sujet dans la revue Chemico-Biological Interactions. Leurs travaux portent sur les nanoparticules de métaux de transition, tels que le titane, le fer ou le nickel. Une découverte clé : la toxicité dépend de la position des métaux dans le tableau périodique de Mendeleïev. Les éléments du côté gauche (comme le titane) sont bien moins nocifs que ceux du côté droit (cuivre ou zinc), explique Yue-Wern Huang, professeure de sciences biologiques à l’Université du Missouri. « En présence de nanoparticules d’oxyde de cuivre ou de zinc, environ 80 % des cellules meurent. Ces particules pénètrent les cellules et détruisent leurs membranes. »
Ces résultats sont préoccupants, surtout alors que les nanoparticules envahissent nos produits quotidiens. Joris Quik, chercheur à l’Université de Wageningen spécialisé dans leur comportement dans l’eau, les définit ainsi : « Les nanoparticules mesurent moins de 100 nanomètres, bien que cela varie selon la forme – une tige peut dépasser cette taille en longueur tout en ayant un diamètre infime. Les plus courantes sont des oxydes métalliques ou des particules de carbone, et elles existent aussi naturellement dans l’environnement. »
Les nanoparticules améliorent les performances des produits. L’argent, reconnu pour ses propriétés antibactériennes depuis des siècles, est maintenant nanoformé – mille fois plus fin qu’un cheveu humain. Résultat : certains réfrigérateurs intègrent une couche de nanoparticules d’argent pour une hygiène optimale des aliments.
Et la toxicité ?
Les nanoparticules d’argent servent aussi de pesticides en agriculture. Une étude de 2013 parue dans le Journal of Agricultural and Food Chemistry, menée par des chercheurs de l’Université du Missouri, montre que sur des poires traitées, des particules persistent après lavages répétés, les plus petites pénétrant même la pulpe. Une fois ingérées, ne risquent-elles pas d’atteindre les zones les plus vulnérables de notre corps ?
Le défi réside dans le comportement imprévisible des nanoparticules : un matériau non conducteur peut devenir conducteur à cette échelle, et l’argent nano devient ultra-efficace contre les bactéries – mais potentiellement plus toxique. Les toxicologues doivent tout réévaluer, en tenant compte de variables comme la taille (10 ou 100 nm ?), la forme (cube ou sphère ?) ou la voie d’exposition (inhalation ou ingestion). De plus, les toxines peuvent s’y fixer, facilitant leur entrée dans l’organisme.
Les études se contredisent parfois : l’une montre un impact sur les poissons via l’eau, une autre indique un filtrage par les stations d’épuration. Certaines utilisent des concentrations irréalistes, mais elles alertent sur des risques d’accumulation ou de sensibilité inter-espèces.
« Les nanoparticules ne sont pas l’ennemi », tempère Joris Quik. Beaucoup sont liées dans les produits ou se dégradent vite, et existent naturellement. Notre exposition reste faible pour l’instant, limitant les risques.
Face aux nanoparticules toxiques, la nanotechnologie offre des solutions, comme l’enrobage ou les additifs favorisant une décomposition rapide, contrôlant ainsi l’exposition.
À l’Université du Missouri, Yue-Wern Huang explore cette piste : « Nous enrobons les nanoparticules toxiques d’oxyde de zinc avec des couches non toxiques pour réduire leur nocivité, sans compromettre leurs applications. »
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