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Les moules belges développent des coquilles plus robustes face aux prédateurs et au climat

Les moules belges ont développé des coquilles plus robustes et riches en calcium au cours du dernier siècle. Cette adaptation les protège mieux contre les pinces des crabes et les becs des goélands.

Ces prédateurs ont proliféré ces cinquante dernières années. « Les moules belges s'adaptent étonnamment bien aux nouvelles conditions environnementales », explique le biologiste Thierry Backeljau de l'Institut royal des Sciences naturelles de Belgique (IRSNB/KBIN). « Elles pourraient ainsi être plus résistantes au changement climatique que prévu. »

Une équipe internationale de biologistes a analysé la structure calcaire des coquilles de moules collectées le long de la côte belge sur plus d'un siècle. Contrairement aux attentes – l'acidification des océans due au CO2 devrait affaiblir les coquilles –, les chercheurs ont observé une augmentation nette de la calcification.

La cause principale ? L'évolution des populations de prédateurs. L'escargot violet (Nucella lapillus) a disparu depuis la fin des années 1970, tandis que les crabes et goélands ont explosé respectivement dans les années 1980 et 1990. Cette pression sélective a favorisé des coquilles plus épaisses et calcaires, idéales contre les pinces et becs agressifs. Les moules belges semblent donc mieux armées pour les défis climatiques futurs.

Une collection unique

Les chercheurs ont examiné 268 spécimens collectés entre 1904 et 2016 sur des brise-lames de Nieuport à Ostende. Ceux de 1904 à 1987 proviennent des collections précieuses de l'IRSNB, mêlant échantillons humides (coquilles et tissus dans l'éthanol) et secs. « Cette collection de moules est unique au monde », souligne Thierry Backeljau, co-auteur de l'étude. « Paradoxalement, on collectionne rarement des espèces aussi communes. »

Escargots violets et acidification

L'escargot violet perce le périostracum (couche organique externe) des moules pour les dévorer. Des coquilles à périostracum plus épais offraient une meilleure protection, renforcée par l'acidification océanique. Mais la population d'escargots a chuté fin 1970 en raison du TBT (tributylétain) des peintures anti-salissures, allégeant cette pression.

Les moules belges développent des coquilles plus robustes face aux prédateurs et au climat

Crabes, homards et goélands

Parallèlement, les eaux de la mer du Nord se réchauffent, et l'eutrophisation (rejets d'engrais et eaux usées) booste les algues, favorisant les larves de décapodes comme crabes et homards. La surpêche de morue, leur prédateur, accentue leur explosion depuis les années 1980.

Les crabes écrasent les coquilles : un périostracum épais ne suffit pas, mais plus de calcium oui – et c'est moins énergivore. L'essor des goélands dans les années 1990, nourris par ces décapodes, renforce cette sélection pour des coquilles ultra-résistantes.

Un espoir pour l'avenir ?

Cette étude montre que les effets climatiques globaux varient localement. Les pressions écologiques locales peuvent contrer l'acidification. « Cela offre de l'espoir : les moules sont mieux équipées contre le climat », note Backeljau.

Les collections comme celles de l'IRSNB sont cruciales pour étudier les changements à long terme. « Elles révèlent des effets inattendus, affinant notre compréhension des évolutions écologiques », conclut-il.

L'étude est parue dans Global Change Biology.

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