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Dépendance à Internet en Belgique : 5 % des adultes et 10 % des jeunes touchés, selon une étude KU Leuven

Un Belge sur vingt présente des symptômes de dépendance à Internet, soit 5 % des adultes. Chez les jeunes, ce chiffre grimpe à un sur dix. Fait notable : plus de femmes adultes que d'hommes sont concernées.

Dépendance à Internet en Belgique : 5 % des adultes et 10 % des jeunes touchés, selon une étude KU Leuven

Une étude à grande échelle menée par la KU Leuven, l’Université de Namur et le Centre de Référence en Santé Mentale (CRéSaM) dresse la première cartographie complète de la dépendance à Internet en Belgique.

Internet est omniprésent dans notre quotidien : 60 % des jeunes et 79 % des adultes possèdent un smartphone, tandis que 88 % des jeunes ont un profil Facebook. Une utilisation active n’est pas problématique en soi, mais l’excès peut devenir nocif.

Le projet CLICK (CompuLsIve Computer use and Knowlegde needs) est la première étude belge dédiée à l’usage problématique de l’ordinateur et d’Internet. « On ne mesure pas une dépendance uniquement aux heures passées en ligne, mais aussi au degré de contrôle, aux interactions avec l’entourage et aux gêne physiques comme l’insomnie », explique la professeure Rozane De Cock de la KU Leuven. Les chercheurs ont interrogé 1 000 adultes flamands et wallons, ainsi que de nombreux jeunes, pour évaluer ces aspects.

Les chiffres clés

Grâce à des tests standardisés et des entretiens approfondis, les résultats sont éloquents : « 5 % des adultes belges risquent un usage compulsif ou problématique d’Internet, et 1 % sont véritablement accros, soit environ 110 000 personnes », précise De Cock. Le profil type de l’internaute problématique est une femme de 37 ans. Les addictions aux jeux et aux réseaux sociaux sont équivalentes chez les adultes. Le "Facebooking" compulsif touche particulièrement les femmes autour de 34 ans, et les jeux vidéo les hommes de 33 ans. Un tiers des dépendants sont célibataires ; les titulaires d’un diplôme BSO, TSO ou collégial sont plus vulnérables que les diplômés de l’enseignement supérieur.

La dépendance est plus marquée chez les jeunes (12-17 ans) : 9,5 % montrent des symptômes, dont 3 % avec un vrai problème, selon Jolien Vangeel, collaboratrice scientifique du projet CLICK. Les jeunes compulsifs passent 3 heures par jour en ligne, contre 1,5 heure pour les autres. Les garçons de 15 ans sont les plus concernés, surtout pour les jeux vidéo : jusqu’à 6 heures par jour le week-end, contre 2 heures pour les non-dépendants. 6 % des jeunes sont accros aux réseaux sociaux (garçons et filles à parts égales), passant 2 heures 43 minutes par jour sur ces plateformes, soit plus du double.

Reconnaître et traiter la dépendance à Internet

Les personnes dépendantes ne s’en rendent souvent pas compte ou ignorent où chercher de l’aide. Selon Omar Rosas, collaborateur scientifique du projet CLICK, ces comportements compulsifs masquent souvent des causes profondes : enfance difficile, problèmes familiaux ou traumatismes. « Ils fuient la réalité vers un monde virtuel où ils trouvent satisfaction et reconnaissance absentes dans la vie réelle. » Le traitement est complexe, nécessitant un réapprentissage progressif du plaisir dans le monde réel. Contrairement à l’addiction au jeu, la dépendance numérique reste peu comprise. « Cette recherche marque une étape clé vers la sensibilisation », conclut De Cock. L’étude a été commandée par Belspo (Politique scientifique fédérale). (il)


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